Regard de Geographe

L'un des projets de CAIDA (The Cooperative Association for Internet Data Analysis) consiste à dresser une topologie macroscopique dynamique du réseau internet. Lancé en 1998, le projet produit notamment des résultats cartographiques du trafic internet en tenant compte de la localisation géographique des serveurs. 

Synthétiquement, le principe consiste à suivre et tracer les échanges d'informations (requêtes) qui voyagent sur le toile internet pour déterminer d'une part, l'intensité du trafic et d'autre part, les routes les plus empruntées et les serveurs les plus sollicités.

On peut transposer cette opération en langage courant par une question du type "quand je me connecte sur google (par exemple) et que je lance une recherche, quel est l'ordinateur qui me répond ? Où est-il installé ? par quel(s) opérateur(s) / fournisseur(s) d'accès / hébergeur(s) etc... je passe pour envoyer ma question à l'ordinateur concerné et obtenir ensuite ma réponse ?".

Voici un représentation cartographique dressée en 2000 de l'intensité du trafic internet et de la localisation géographique des serveurs en fonction de leur position sur le globe :








On observe trois branches principales :

> en haut à gauche se trouvent Sydney, Tokyo, Séoul, TaÏpei, Pékin, Bangkok ....
> Vers la droite : Moscou, Tel Aviv, Ankara, Pretoria, Bucarest, Vienne, Rome, Berne, Bruxelles, Paris ...
> En bas : Boston, Ottawa, Washington, Toronto, Toronto, Chicago, Houston, San Diego, Vancouver...

Vers le centre du cercle, les serveurs sont de plus en plus sollicités. Globalement, en 2000 le barycentre est nettement situé vers le continent Nord Américain : C'est aux états Unis et par les Etats-Unis que converge l'essentiel du trafic internet.



Voici une autre représentation cartographique basée sur les mêmes principes qui date de 2008 :







Ce qui frappe en premier lieu est, bien sûr, l’explosion du trafic. On trouve aussi de nouveaux venus comme l’Inde (tout en haut), mais aussi l’Amérique du Sud (en bas à droite). On observe aussi que les Etats-Unis ne sont plus le lieu de passage principal et obligé du trafic Internet, mais que l’Europe s’est très bien positionnée dans cette architecture, elle est devenue un acteur essentiel dans la gestion du flux.




Le très fort développement d’Internet en Inde et en Russie par exemple s’est accompagné d’une intensification très marquée du trafic transitant par leurs serveurs puisqu’ils en gèrent presque autant que ceux situés en Europe alors que le nombre d’Internautes résidents est encore nettement inférieur à celui Européen.


Cela s’explique par la stratégie et la nature de ce flux internet : il existe dans ces pays une logique d’hébergement et de mise à disposition d’information, de contenu et de fichiers qui n’est pas contrainte juridiquement de la même façon qu’en Europe ou aux Etats-Unis. De fait, de nombreux internautes se dirigent vers ces serveurs pour leurs recherches personnelles. La géopolitique influence aussi bien sûr la topologie physique mondiale d’Internet.


A noter enfin, l’absence presque totale du continent Africain sur cette représentation cartographique des acteurs majeurs du réseau mondial. De réels efforts ont été engagés, heureusement les choses évoluent (A lire l’article sur l’interview de Cheikh Modibo Diarra) et les internautes africains se multiplient.

 

Pour se rendre sur le site du CAIDA

Mer 7 oct 2009 Aucun commentaire