Regard de Geographe
Avant hier (c'est-à-dire le 13/05!) a eu lieu à Lyon, bourse du travail, une conférence-débat intitulée "LES RISQUES CLIMATIQUES... Il est temps de réagir !" organisée par la MAIF.
L'animateur de la soirée était Denis Cheissoux (France Inter, émission "CO2 Mon amour"
notamment) quant aux invités, il s'agissait de Frederic Denhez (écrivain, Vulgarisateur, Conseiller, Chef de projet, Conférencier et
animateur) et de Guy Fabre (délégué regionale de l'ADEME).
Déroulé de la soirée :
Une documentation qui consistait en une série de plaquettes à été remise aux participants avant le démarrage de la conférence :
> le test climat : pour évaluer notre impact personnel sur le climat (adulte)
> coup de chaud sur la terre : meme prinicpe que le précédent mas destiné aux ados
> une maison pour mieux vivre : série de conseils comportementaux
> la voiture : série de consiels conmportementaux
> guide eco-logique, agir pour l'avenir : rappel de données générales sur la consommation au sens large et les impacts qui en découlent ou
peuvent en découler.
En introduction, un film d'une quinzaine de minutes produit par la fondation Nicolas Hulot dressait le tableau de la situation
climatique mondiale. Articulé en trois parties à vocation didactiques, la première donnait une synthèse des principes de fonctionnement du climat terrestre insistant sur les mécanismes
de l'effet de serre naturel ce qui permettait de glisser vers la seconde partie : les conséquences du comportement humain et les catastophes attendues. Enfin, la troisième et dernière
étape était là pour nous redonner le moral en listant les bonnes conduites à tenir pour sauver la planète.
Une fois ce cadre posé, chacun des intervenants pris successivement la parole pour faire sn exposé :
> Frédéric Denhez : vulgarisateur scientifique il décrivait la perspective historique des différents concepts abordés et donnait quelques éléments pédagogiques (climat, météo,
réchauffement, effet de serre...).
> Guy Fabre : devait s'employer à donner des solutions comportementales conretes pour avoir une action conrête d'éco-ciyoyen.
Après une conclusion de l'animateur, la parole était donnée à la salle.
Franchement bof...
A titre personnel j'ai eu clairement le sentiment d'être passé à coté de thématiques qui auraient pû être nettement plus intéressantes que celles qui nous ont été soumises. Dans l'ensemble, la
soirée n'a consisté qu'à nous resservir le discours que nous entendons en permanence concernant le réchauffement planétaire.
Car, dès le départ, le ton était donné : derrière "risques climatiques" il fallait entendre "réchauffement planétaire global et ses funestes conséquences". De ce point de vue le mot
conférence aurait largement suffit à qualifier cette soirée, car le débat n'avait pas jugé bon de venir.
En effet, tout le monde sur le plateau, était du même avis et tenait pour acquis (et sans nuances apparentes) les conclusions du GIEC (voir notamment sur le site
les célèbres courbes en crosse de hockey). Lorsque furent évoqués pendant quelques minutes des avis, non pas contradictoires mais nuancés (Claude Allègre, et un article de Nature qui va paraître
dans lequel "des" scientifiques annoncent un ralentissement du réchauffement) ils furent éxpédiés avec la dernière énergie :
> claude allègre, n'est q'un scientifique aigri qui de toutes façons ne produit plus depuis longtemps (sous entendu incompétent),
> l'article de Nature ne remet en AUCUNE manière la réalité d'un réchauffement planétaire même s'il parle de ralentissement.
Ces arguments n'étaitent vraiment pas au niveau de qualité des intervenants : que l'on soit d'accord ou pas avec Claude Allègre (dont je ne connaissais pas la position (d'ailleurs je ne la
connais toujours pas vraiment à l'issue de la soirée!)) devait être contredit sur des arguments scientifiques et pas avec des arguments de vestiaire.
Vous trouvez que je suis vague à propos de l'article de Nature ? c'est vrai. Mais en fait je ne sais pas (comme le reste de la salle) duquel on parle puisqu'aucune référence n'a été donnée et
l'évocation s'est faite par le biais de trois phrases floues et rapides.
Conclusion : tout le monde est d'accord. Ceux qui ne le sont pas (apparement ils ne sont que deux) sont quand même d'accord sur le fond et de toutes façons ce sont des incompétents. La
planète se réchauffe partout, c'est comme ça, c'est de notre faute et ça ne peut engendrer que des catastrophes qui ont déjà commencé. C'est clair ? Le débat est clos.
Bon passons à la suite.
Comment agir ?
Là par contre, Denis Cheissoux a fait entrer ujn peu de subtilité dans le "débat". Pendant la présentation des chiffres décrivant à quel point notre mode de vie était lourd de
conséquences pour la planète, il a insisté plusieurs fois sur le fait que nous ne devions pas culpabiliser à titre personnel mais cependant que nous devions agir au maximum de
nos possibilités pour faire évoluer les choses dans le bon sens. Ce discours est encore rare.
Quant à ce qu'il faut faire, rien de nouveau sous le soleil (si j'ose dire) : prendre les transports en commun, moins chauffer les maisons, etc... une petite recherche google vous
permettra de trouver les remèdes si vous ne les connaissez pas encore.
Vraiment dommage...
Mis à part mon petit coup de sang, je
reconnais absolument la qualité des intervenants : Frederic Denhez, Guy Fabre et Denis Cheissoux sont des hommes cultivés et informés, ils ont l'habitude de communiquer et le font avec
plaisir. Ca ne fait qu'accroitre mon sentiment de frustration et d'agacement : pourquoi passer la soirée à enfoncer éternellement des portes maintenant bien ouvertes ? Il faut avancer.
Puisque le choix conceptuel était posé (le réchauffement climatique global et ses conséquences), il fallait parler de thèmes que l'on évoque encore rarement :
> le rôle et la position des assureurs face à la multiplication annoncée des catastrophes. Cette question n'a malheureusement été qu'effleurée dans la soirée et c'est bien dommage
compte tenu de l'organisateur (MAIF).
> les conséquences que vont avoir sur l'immobiler les rares (premières) lois sur une mise aux normes environnementales et les perspectives d'évolution pour les propriétaires, acheteurs et
vendeurs
> l'évolution des plans de déplacement urbains n'a elle aussi été qu'effleurée. Quid des conséquences budgétaires, politiques et sociales ? Est-on en train d'assister à la
naissance programmée et volontaire d'un autre moyen de vivre la ville ?
Je ne cite que ces trois thèmes car ils ont été rapidement évoqués durant la soirée mais il y en a bien sûr d'autres. Il est clair aujourd'hui que le mode de vie de nos sociétés a des
conséquences souvent graves sur l'environnement (et pas uniquement les sociétes occidentales, même si...) et que cette idée a fait beaucoup de chemin dans le monde.
Si l'on admet de plus l'idée que "les" scientifiques sont "tous" (!) d'accord (à part les vilains méchants qui de toutes façons sont des nuls) sur l'état d'urgence, il est plus que
temps d'embrayer la seconde et d'arréter de brasser tout le temps les mêmes idées : la terre se réchauffe, c'est mal. Prends ton vélo. Et si je peux pas ? Tu seras taxé ça t'apprendra.
La problématique d'action que l'on fait passer dans le public doit évoluer car elle est elle-même vivante (les chercheurs trouvent régulièrement, et oui) et doit coller à nos
réalités quotidiennes sous peine de subir un trop plein de culpabilité et de peur qui engendrera une désaffection. Là ce sera grave, car rien n'est pire que le je m'en
foutisme.
Mais peut-être que j'en demande trop car je me sens moi-même coupable de ne pas en faire assez... ;)
Bonjour,
Tout d’abord grand merci pour votre réponse qui m’a très agréablement surpris car j’aurai aimé pouvoir échanger avec vous ce soir là et voilà que l’occasion se présente ! En tout égocentrisme et crise aiguë d’orgueil j’ai même l’impression de prolonger la soirée en créant enfin le débat ! ;)
Premier point, il est clair je le reconnais que la soirée m’avait agacé (d’ailleurs le nombre de coquilles dans l’article est révélateur… je m’en excuse auprès de vous et des lecteurs). D’où mes remarques acerbes.
La remise en perspective historique des découvertes scientifiques se rapportant au climat et à son évolution que vous avez effectuée était très bien construite et imagée. Vous avez apporté plusieurs éléments croustillants, sous forme d’anecdotes, que l’on entend rarement. Etant dans le public j’ai pu observer et savourer les réactions d’étonnement.
De plus, votre numéro de duettiste avec Denis Cheissoux faisait plaisir à voir. De la réactivité, du brillo et de la nuance dans les arguments : machin pense ci, bidule n’est pas d’accord, saviez vous que….
En bref, un état des lieux efficace et plaisant.
Je me calle dans mon fauteuil avec un petit sourire en me disant « chouette, avec une base comme celle là et des intervenant pareils, on va peut-être enfin avoir un débat pétillant et constructif ». Puis tout à coup la douche froide. Fini la subtilité, l’heure est aux conclusions péremptoires et sans appel.
Alors que toute votre première partie montrait (comme vous le soulignez à juste titre dans votre réponse) que des subtilités importantes existaient chez les scientifiques, que la constitution même des séries posait de nombreuses questions et pas seulement concernant la métrologie, voilà que d’un seul coup le couperet tombait net et brutal : tous les scientifiques sont d’accord, la terre se réchauffe, c’est un fait définitif et incontestable point à la ligne (ou presque).
Ajoutons l’intervention limite administrative de l’ADEME (mais pouvions nous en attendre une autre… ?) juste après vous qui enfonçait le clou avec une interminable salve de tableaux, graphiques et successions d’arguments binaires érigés en tables de la loi.
Ceux-ci étaient parfois plus que maladroits : le graphe présentant le rapport entre le taux de CO2 et le PIB/habitant grâce auquel Guy Fabre l’air réjoui positionnait la France comme un bon élève m’a fait beaucoup rire (jaune). D’ailleurs Denis Cheissoux a, lui aussi, tout de suite vu arriver les problèmes et a très justement et finement fait remarquer que l’interprétation n’était pas aussi simple…
Il n’y a pas si longtemps, l’idée que nos modes de vies puissent avoir des conséquences graves et durables sur notre environnement avait, c’est vrai, beaucoup de mal à passer en particulier dans certains pays dont la France faisait partie.
Il a fallu un gros travail de communication de la part des militants écologistes, écologues, chercheurs ou tout simplement individus sensibles à ces thèmes pour faire monter cette problématique au premier plan (à juste titre).
Les stratégies de communication ont été diverses et il a fallu du temps pour trouver un ton et un style efficace qui soit convainquant et pris au sérieux. Ce tour de force est en passe d’être réussi : le grand public (je parle pour la France) ne peut plus prétendre ignorer les tensions que nous exerçons notre environnement. Il reste bien sûr beaucoup de chemin à parcourir surtout du côté de l’action mais le mouvement est lancé.
Utiliser des arguments percutants et parfois réducteurs pour attirer l’attention s’est avéré à priori utile : il faut toujours un effort plus important pour lancer un mouvement que pour l’entretenir. Mais quand on a propulsé le balancier il faut anticiper son retour.
Nous savons tous que par nature, la recherche entraîne une impermanence des idées et donc une mutation, une évolution dans les concepts, les résultats et leur interprétation. La crainte que nos gouvernants et nos concitoyens ne prennent pas la pleine mesure des enjeux environnementaux a conduit la large majorité des intervenants sur la thématique du réchauffement global à parler de la même façon : l’alarmisme univoque le plus bas de gamme.
Si la totalité de nos concitoyens n’est pas constituée de scientifiques experts es-climat, ils n’en sont pas pour autant naïfs et ingénus. Il suffit d’observer l’histoire toute récente pour s’en convaincre.
Les discours absolutistes séduisent de prime abord parce qu’ils sont facilement accessibles mais le charme ne dure souvent que le temps d’un feu
de paille. Le revers est alors aussi sévère et disproportionné que le discours a pu être sans nuances car persiste le goût amer de l’escroquerie : la confiance est perdue, c’est là
qu’arrivent les catastrophes.
Voilà pourquoi je ne suis pas partisan de masquer systématiquement les opinions qui semblent ne pas aller dans le sens général souhaité sous pretexte qu'elles risquent de mettre en péril la
trajectoire générale. Comme l'a dit Luther King la fin ne justifie pas les moyens car les moyens sont la semence et la fin représente l'arbre (vous connaissez l'adage à propos de l'enfer et
des chemins qui y mènent...). Cette opinion n'engage bien sûr que moi et je sais qu'elle est loin d'être partagée par l'ensemble des personnes qui soutiennent la thèse du réchauffement
global (en tous cas ceux qu'on entend le plus).
A propos de ma remarque sur le fait « d’enfoncer les portes ouvertes », vous dites dans votre réponse « il faut sans cesse le faire, en imageant au maximum le propos afin de rendre concret et palpable ce qui, à la télé, ne semble que concerner les autres et nous mener à une mort assurée. ».
Nous sommes bien d’accord qu’en pédagogie, il est toujours nécessaire de poser avec insistance les cadres de la réflexion et/ou de l’apprentissage. Mais franchement, que faut-il vraiment répondre à un argument tel que « une mort assurée » ? Quand aux images, pardon de le dire mais les perspectives à 2100 et même à 2030 paraissent bien lointaines pour les lambdas moyens que nous sommes quand nous devons déjà gérer les tracasseries du quotidien.
C’est lamentable ? Je suis (presque) d’accord. Il n’en reste pas moins que si, par exemple, vous sondez les utilisateurs des vélos publics mis à disposition dans certaines villes je suis sûr que les réponses viendront dans cet ordre (je n’ai pas encore consulté d’études à ce propos) :
1. Eviter les problèmes dus au trafic (bouchon, stationnement)
2. limiter les dépenses (essence, stationnement, assurance, …)
3. agir contre le réchauffement de la planète en réduisant sa part personnelle d’émission de GES.
Je suis prêt à parier une excellent bière belge avec vous (j’ai lu que vous étiez amateur, ce qui nous fait un autre point commun !) que l’environnement arrive en dernier. Et ça n’est pas étonnant ni mal intentionné de leur (notre) part même si c’est dommageable.
Il existe d’autres exemples beaucoup plus concrets pour tout un chacun me semble t’il qui sont autant de levier pour pousser l’action consciente et directe vers une intégration harmonieuse de nos sociétés dans l’environnement où elles évoluent. En clair : dans une soirée organisée par un assureur, parlons assurances. Dans une ville où s’est développé le vélov et le tram, parlons plan de déplacement urbain. Dans le contexte de crise du logement parlons HQE. Les thèmes pragmatiques et sujets à débat étaient légion pour cette soirée, mais il me semble que vous êtes d’accord avec moi sur ce point.
Si on résume, ce qui m’a dérangé c’est que la soirée était conventionnelle. Conventionnelle dans le fond et la forme. Alors qu’il était clair que vous aviez (Denis Cheissoux et vous-même), par vos connaissances et vos personnalités, toutes les qualités et les moyens de créer un vrai débat, d’apporter des éléments et des remarques autrement plus constructives et porteuses de sens. Rien n’était à attendre du coté de l’ADEME, Guy Fabre a fait la prestation que l’on attendait de l’agence et il ne pouvait en être autrement.
Du reste mon intuition était juste car vous écrivez « Enfin, sur les solutions, j’en avais à dire, à contredire, même […] » Damned, j’en étais sûr ! J
Je vous rassure, je sais à quel point il est difficile de trouver sa place dans ce genre de table ronde (surtout quand il n’y a pas de table) et si j’avais trouvé votre intervention (ainsi que celle de Denis Cheissoux) sans intérêt, ça ne m’aurait pas frustré et agacé. C’est bien le contraire. Aussi, j’espère que vous ne prendrez pas ombrage de mes remarques car qui aime bien châtie bien…
Sincèrement,
SM