Géopolitique

Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /2009 10:13

Ca y est, c'est fait. Il n'aura pas fallu 3 mois à la nouvelle équipe en place à la tête du petit Etat scandinave pour déposer officiellement sa candidature. Ce n'est une surprise pour personne. En effet, c'était un argument de campagne de l'alliance des partis de gauche-verts qui a remporté les élections début mai faisant suite à la démission contrainte le 26 janvier 2009 du gouvernement conservateur. Le tout sur fond de crise financière majeur.

Nous avions déjà évoqué ces difficultés traversées par les petits européens à forte croissance (voir article). Or cette candidature pose plusieurs problèmes tant intérieurs qu’au sein de l’Union.

 

Mais avant de rentrer dans le débat, certains lecteurs se poseront une première question toute bête : pourquoi l’Islande ne fait-elle pas partie de l’Union ? En effet, lorsqu’on parle d’élargissement, c’est surtout pour intégrer les pays de l’ancien bloc de l’Est ou des micro-Etats méditerranéens (Malte, Chypre). La non-adhésion des pays développés d’Europe de l’Ouest s’expliquent par des particularités nationales. Pour simplifier, le principe de l’Union Européenne (et de toute union quelle qu’elle soit) est que chacun gagne à cette union tout en acceptant les contraintes nécessaires à la cohérence de cette union. Lorsque les bénéfices retirés sont inférieures aux contraintes, pourquoi rentrer dans cette union ? Les raisons de la Norvège ou de la Suisse sont évidentes. Mais dans le cas de l’Islande ?

C’est que pendant des années, l’insularité et la position géographique au centre de l’Atlantique ne rendait pas l’appartenance de l’Islande à l’Europe comme une évidence pour les habitants depuis l’émancipation du Danemark en 1918. Ce sentiment a été renforcé par les liens étroits tissés avec l’armée américaine à partir de 1951 et l’installation d’une base américaine à Keflavik. Dans le contexte de guerre froide, la position sur la dorsale Atlantique est idéale pour surveiller les allers et venues des sous-marins et autres bâtiments soviétiques basés à Mourmansk, l’immense port militaire donnant sur la mer Arctique. Dépourvue d’armée, l’Islande s’appuyait sur l’armée américaine pour défendre et surveiller son territoire. Exemple révélateur, au début des années 90, le premier ministre aurait déclaré que l’Islande pouvait prétendre rentrer dans l’ALENA (Association de libre échange d’Amérique du Nord) tout autant que dans l’UE. Or la restructuration de l’armée américaine a sacrifié sa base islandaise. De centrale, la position de l’Islande est devenue périphérique. En 2006, le dernier soldat américain quittait le sol islandais.

Comme l’Islande est membre de l’OTAN, celle-ci envoie depuis 2008 des patrouilles à mi-temps pour surveiller l’espace aérien. Et les premiers avions de ce nouveau dispositif sont des mirages français. Le symbole d’un revirement vers le vieux continent.

Un autre aspect, socio-économique explique également la non-appartenance à l’Union. Les Islandais sont très insulaires, plus que les Anglais. Ils ont ainsi cultivé un esprit de pionniers, indépendant voir autarcique issu de leurs ancêtres viking. Une nature dure et hostile, un océan généreux mais dangereux… Il a fallu de l’acharnement et de la volonté pour construire ce pays et forger un peuple qui a connu à plusieurs reprises des décennies de misères et de famines. Bien qu’optimistes de nature, les Islandais sont donc méfiants vis-à-vis de toute entité supranationale qui remet en question leur souveraineté. Et il est un domaine qui cristallise tout à la fois des aspects historiques et économiques, la pêche.

S’il devait y avoir un symbole national, ce serait la morue. Elle sauva bien des vies durant les famines du XVIIe et XVIIIe siècles (voir histoire de l’Islande). Puis en 1973 et 1975 eut lieu les guerres de la morue qui opposèrent l’Islande et la Grande-Bretagne. L’Islande a, par touches successives portée sa zone de pêche exclusive à 200 miles marin et ainsi bloqué l’accès de ces zones aux marins britanniques. La Royal Navy est intervenue pour protéger ses chalutiers. Un accord est intervenu en 1976 mais l’affaire a durablement marqué les esprits. Rentrer dans l’Union Européenne était vu comme la porte ouverte aux yeux avides des grandes puissances et la perte de la maîtrise de ses ressources naturelles. Les contraintes de cette Union étaient donc bien trop fortes sur des bénéfices que les Islandais n’attendent pas ou ne voient pas.

Cette question de la pêche est toujours d’actualité même si son poids économique s’est sensiblement réduit ses 20 dernières années au profit du secteur de l’aluminium et surtout de la finance. La pêche apparait même à nouveau comme l’ultime rempart face à la crise. Et il n’est pas question pour beaucoup d’Islandais de dépendre de Bruxelles pour tout ce qui a trait à la pêche et de laisser des chalutiers étrangers pêcher dans leur zone exclusive. Les négociations s’annoncent serrées sur ce point.

Ainsi le vote en faveur de l’adhésion a été très serré et même au sein de la coalition au pouvoir il n’y a pas de consensus sur ce sujet. Et pourtant de nombreux sondages par le passé ont montré que la population islandaise est plus pro-européenne que ses dirigeants.

 

 

 

Source : France24

Reportage tourné avant les élections. La candidature européenne est un point central des discussions

 

Du côté de l’Europe, les divisions ne manquent pas, sur tous les sujets, celui-là y compris. Les pays nordiques comme la Suède, qui préside actuellement l’Union, soutiennent la candidature. La parenté culturelle joue certainement ainsi que l’appartenance de l’Islande à des organismes et traités européens (AELE, EEE, Zone Schengen).

D’autres sont plus réticents. La France ne veut pas élargir l’Union tant que le traité de Lisbonne ne sera pas entré en vigueur. Les Pays-Bas et la Belgique sont également très réticents. Pour plusieurs d’entre eux, il est difficile d’avoir rejeté la candidature de la Turquie sous le prétexte de l’application de Lisbonne et d’accepter celle de l’Islande.

Et l’opinion verra dans cette adhésion une manœuvre opportuniste des Islandais. Ce qui est un raccourci rapide : la crise a renversé le gouvernement conservateur qui a laissé la place à un une coalition de gauche qui était déjà pro-européenne avant la crise. Il ne s’agit donc pas d’un choix court terme financier mais d’un changement de fond de la politique islandaise.

Après la crise financière, l’Islande a de nouveau besoin de croire, d’avoir un projet. Le projet néo-libéral des conservateurs était un leurre. Une prospérité artificielle fondée sur l’accroissement de la masse monétaire mondiale pris dans une fuite en avant déconnectée de toute économie réelle. L’argent avait cessé d’être un moyen pour devenir le but. A présent il faut se trouver un but sans forcément en avoir les moyens. En tout état de cause, l’entrée de l’Islande n’est pas pour tout de suite. Il faut une ratification du parlement islandais et des institutions européennes faisant suite à des négociations sur les points litigieux. L’Islande ne rentrera pas avant 2012.

Par Guilhem Turgis - Publié dans : Géopolitique - Communauté : Economie et société
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Mardi 14 juillet 2009 2 14 /07 /2009 20:59

Lundi 13 juillet, LCP (La Chaine Parlementaire) a rediffusé le documentaire "l’Homme intègre" réalisé en 2006 par Robin Shuffield sur Thomas Sankara surnommé le « Che Africain ».


L’ex-président du Burkina Faso de 1983 à 1987 a marqué profondément son pays mais aussi la scène internationale par ses idées novatrices, son franc-parler et son altruisme. Il a permis des avancées majeures pour l’émancipation des femmes, l’éducation, la santé, la condamnation du néocolonialisme, la lutte contre la corruption, la dénonciation de l’ingérence française. Ses campagnes de vaccinations et scolarisation ont reçu les félicitations de l’OMS.

 

 De ses nombreux discours, on peut citer par exemple son intervention historique à Addis-Abeba le 29 juillet 1987 dans lequel il fustige la dette des pays africains :

 


Thomas Sankara Addis Abeba 29071987

Voici aussi une conférence de presse de 1984 :


Pour avoir voulu aller trop vite et trop loin, Thomas Sankara sera tué au cours d’un coup d’état le 15 octobre 1987. Vingt ans après sa mort, son avis de décès porte encore la mention « mort naturelle ». Sa veuve Mariam a obtenu en mai 2006 du Comité des droits de l’homme des Nations unies qu’il demande à l’état Burkinabé de diligenter une enquête indépendante pour élucider les circonstances du décès du chef d’état. Les conclusions se font encore attendre...

 

 


Par Stephane MAHAUD - Publié dans : Géopolitique
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Vendredi 10 juillet 2009 5 10 /07 /2009 11:02

Le 28 juin, le président du Honduras en exercice Manuel Zelaya a été renversé par un coup d’Etat militaire et remplacé par son rival Roberto Micheletti. Les deux présidents se retournent la responsabilité : à l’origine officiellement de ce coup d’Etat, la volonté de Manuel Zelaya d’enfreindre la constitution en annulant la limitation du nombre de mandat pour rester au pouvoir. Un coup d’Etat pour défendre les principes de la démocratie ? Cela peut faire sourire mais il y a des précédents (Ghana, Thaïlande récemment, …). Et  au-delà de principes constitutionnels affichés, il y a un affrontement de camps et de personnes pour leur quête de pouvoir. Le principe d’une démocratie est de légitimer cette quête en lui conférant un cadre institutionnel. Sortir de ce cadre démontre la fragilité de ce régime. Et c’est ce dernier point qui m’intéresse ici.

 

Source : Libertad Digital TV
Reportage en espagnol. Réactions internationales et sommet extraordinaire de l'Alternative Bolivarienne regroupant les pays sud-américains de gauche.

 

Depuis l’Europe, les coups d’Etat en Amérique Latine font couleurs locales. Sorte de particularité culturelle immortalisée dans Tintin par le colonel Tapioca. A tel point que nous parlons couramment de République bananière, expression courante provenant de la description réaliste de ces petits Etats d’Amérique centrale.

Lire aussi l'article du Monde 

C’est pourtant oublier les changements survenus depuis 20 ans et toujours le tournant de la fin de la guerre froide. L’Amérique Latine est considérée par les Etats-Unis comme leur pré carré naturel. Aussi les régimes socialistes arrivés au pouvoir (Cuba, Nicaragua) sont un poil à gratter insupportable pour eux. A tel point que toute opposition anti-communiste est bonne à prendre pour garder leur influence régionale. Les juntes militaires ont donc été des alliés de circonstance, avilissant un peu plus leur population dans des sociétés sclérosées, certes, mais empêchant la contagion du péril communiste. Coup d’Etat au Chili en 1973, tentatives de renversement de Fidel Castro à Cuba, financement de milices para-militaires au Nicaragua, … Le Honduras fut également le théâtre d’opération de ces activités en servant de tête de pont aux opérations américaines.


Source : France24
Figure régionale incontournable, Chavez use de tout son poids pour le retour du président déchu. plutot que de la philanthropie, une occasion de se replacer au devant de la scène. En arrière plan, Simon Bolivar, figure emblématique
 

 

Avec la fin du bloc Soviétique, l’approche américaine a radicalement changée. Le soutien à des régimes dictatoriaux n’est plus justifié et a un impact négatif aussi bien chez les citoyens nord-américains que pour l’image désastreuse des Etats-Unis dans les pays sud-américains. Les régimes démocratiques remplacent peu à peu les dictatures : Argentine et Brésil dés les années 80, Chili, Honduras, Guatemala, Nicaragua, Panama. Le sous-continent bascule à gauche à quelques exceptions prêt et les Etats-Unis perdent de leur influence. Ils laissent ainsi Evo Morales accéder à la présidence de la Bolivie tandis que le Venezuela de Chavez et le Brésil de Lula se posent en puissances régionales s’opposant régulièrement aux Etats-Unis au sein de l’OMC, du FMI, de l’OEA (Organisation des Etats Américains) et de l’ONU. De plus, les pays démocratisés de la région jouent un rôle stabilisateur sur leurs voisins.
Sous l'ère Bush, stigmatiser l'Amérique était facile. Mais l'arrivée d'Obama change la situation. Son aura séduit la population sud-américaine et met les radicaux en mauvaise posture.

On comprend mieux les réactions des Etats voisins : pressions pour le retour du président en exercice, médiation du Costa Rica, suspension d’aides gouvernementales… Tout est fait pour empêcher le Honduras d’entacher la conversion démocratique du continent et au-delà, de laisser d'autres pays s'immiscer dans leurs affaires sud-américaines et jouer les chevaliers blancs aidant un continent infantilisé. On en oublie même que la population du Honduras juge à 41% justifié le renversement du président.   D'autant plus justifié que le président en titre a lui-même enfreint la constitution et été démis par la cours constitutionelle (voir article ajouté suite au commentaire d'un blogeur).

Par Guilhem Turgis - Publié dans : Géopolitique - Communauté : actus, en générale
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /2009 21:51

La province chinoise du Xinjiang est actuellement en proie à des émeutes insurrectionnelles qui ont fait officiellement 156 morts et des milliers de blessés au 7 juillet, certainement plus depuis.

Source indéterminée : émeute du Xinjiang filmée avec un téléphone portable 

 


Source : France24
Déploimement massif de force dans la capitale

 

Les Ouigours vivent dans ce vaste territoire de 20 millions d’habitants, lointaine province à la frontière avec la Mongolie, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, le Pakistan et l’Inde. Ils sont tout justes majoritaires dans la Province et la cohabitation a toujours été difficile avec les Hans, surtout lorsqu’ils doivent composer avec un Etat totalitaire et répressif.


Source : Atlas of the People Republic of China
Cette carte montre l'importance stratégique de la Province. C'est une avancée de la Chine en plein coeur du continent asiatique et des richesses.

On pourrait s’en tenir à cet aspect répressif : un Etat démocratique permettant l’expression des opinions aurait canalisé ce mécontentement qui aurait été plus visible et médiatisé mais n’exploserait pas en émeute sanglante. Du coup, comment ne pas s’étonner de ces émeutes dans le contexte Chinois ! Ces émeutes n’est qu’un prolongement médiatisé d’une situation explosive depuis plusieurs années . Et plusieurs niveaux d’analyse s’enchevêtrent : ethnique, religieux, historique, social et géostratégique.

Lire aussi l’excellent article de Rue89


Un autre aspect de cette expansion chinoise à l’intérieur de son territoire est économique. Structurellement déséquilibrée entre des espaces côtiers riches et des provinces intérieures archaïques, la Chine veut diffuser le développement économique à l’ouest. C’est d’autant plus important que ces espaces disposent d’importantes ressources minières et pétrolières et de terres arables. Tout cela nécessite infrastructure et main d’œuvre … Han bien entendu. Le Xinjiang, tout comme le plus médiatique Tibet est en voie de cinisation rapide appuyé par le gouvernement central.

Les Ouigours sont musulmans alors que les Chinois sont essentiellement bouddhistes et ces derniers sont très méfiants  envers les religions du livre, symboles à leurs yeux des précédentes tentatives avides de main mises économiques et culturel les sur l’indivisible Empire du Milieu. Reste aussi la simple méfiance d’une religion différente. Cependant, les Ouigours occupent ce territoire depuis environ 1400 ans !  Et dés le début de notre ère, la province reculée fut conquise par les Hans afin de contrôler la route de la soie. A la marge de plusieurs zones d’influence, le Xinjiang est donc le théâtre des luttes d’influence de leurs acteurs. Et depuis des siècles ces luttes se poursuivent. Et historiquement, dés que le régime chinois a faiblit, ces contrées lui échappaient. Une Chine forte à l’inverse, étend plus loin son influence et occupe son territoire. Cela se traduit concrètement par une migration organisée des Hans qui représentent 40% de la population aujourd’hui.

 




Source :  France Info
Emission d'avril 2008, avant les JO de Pekin sur la répression en cours.


Autres aspect, la lutte contre le terrorisme islamique. La Chine s’est sentie à l’abri ces dernières années malgré la répression. Mais plusieurs indices montrent que cela pourrait cesser. Tout d’abord, des Ouigours (très minoritaires) ont rejoins les talibans au Pakistan. Et la Chine demande l’extradition de prisionniers Ouigours détenus à Guantanamo. Il faut néanmoins signaler que les Ouigours n’ont pas de tradition musulmane fondamentaliste. Ensuite, la situation au Pakistan a changé. Les Talibans bénéficiaient encore il y a peu d’une protection  du pouvoir pakistanais. Ce dernier est pour part à l’origine de leur existence. Le Pakistan utilisait le terrorisme dans sa guerre de l’ombre contre l’Inde. Mais aujourd’hui  le contexte a changé. Le pouvoir Pakistanais, depuis le rapprochement avec l’Inde, ne contrôle plus ces milices et est même rentré en guerre contre elle comme le montre le récent épisode médiatisé de la vallée de Swat. Quel rapport avec les Ouigours ? Depuis l’indépendance du Pakistan, la région du Cachemire est disputée entre Chine et surtout Inde et Pakistan. Dans ce jeu à 3, le Pakistan a trouvé en la Chine un allié inespéré face à l’ennemi indien. Lorsque le Pakistan tenait les extrémistes, la consigne était de ne pas froissé l’allié chinois et de ne pas se mêler des problèmes religieux du Xinjiang.

Mais aujourd’hui, dans sa quête d’ennemis, les talibans, après l’Inde, l’Union Soviétique en Afghanistan, les Etats-Unis et maintenant le Pakistan, pourrait s’en prendre à la puissance montante et répressive. C’est certainement ce que pense Pékin et qui a justifié l’accroissement de la répression depuis les préparatifs des Jeux Olympiques de Pékin en 2008.

 

 

Par Guilhem Turgis - Publié dans : Géopolitique - Communauté : Histoire Géographie
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /2009 01:00

Lancement d’un missile balistique longue portée début avril (sensée mettre en orbite un satellite "diffusant des chants patriotiques »), essai nucléaire le 25 mai, lancement de 7 missiles le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine. L’agenda 2009 de la Corée du Nord est plutôt chargé. A première vue, le dernier Etat stalinien du monde mène un combat d’arrière-garde teinté de paranoïa. Les médias occidentaux avancent la folie du régime, les sud-coréens oscillent entre l’exaspération, la crainte et l’indifférence, les Japonais sont inquiets et les Chinois embarrassés. L’ONU avait préalablement adopté les résolutions 1695 et 1718 prévoyant l'embargo de tout matériel permettant la mise au point de fusée et d'armes nucléaires. Ces différentes réactions ne sont pas seulement conséquences des agissements du régime de PyongYang. Elles sont au cœur de sa stratégie. Et pour comprendre cette stratégie, il faut connaître le contexte interne, la position des pays voisins et l'engrenage qui en découle.


Source : Journal de France 2 du 25 mai 2009 
Annonce de l'essai nucléaire et réactions internationales.

 

Derrière toute manœuvre militaire se cache une stratégie diplomatique. Et celle de la Corée du Nord dépend d’une histoire singulière conséquence de la guerre de Corée de 1950 et du tournant de la chute du bloc soviétique de 1991 ainsi que d’une situation interne désastreuse poussant le régime dans des extrémités. 

Petit retour en arrière sur la mise en place et l'emballement du dernier régime stalinien de la planète. 

A l'issue de la deuxième guerre mondiale, la Corée est coupée en deux autour du 38 e parallèle. La partie sud a été prise sur les Japonais par les Etats-Unis. La partie nord par les Soviétiques. Tout comme en Allemagne, un gouvernement communiste s'installe au nord et un pro-américain au sud. Kim Il Sung dirige la Corée du Nord. Il entreprend en 1950 la réunification de la Corée en envahissant le sud du pays. Il pensait que la Corée ne constituait pas un objectif stratégique pour les Etats-Unis. Mais échaudés par le passage au bloc communiste de la Chine et du fait de leur politique du "containment", ils sont intervenus avec le soutien de plusieurs autres nations sous la bannière de l'ONU. C'est la guerre de Corée. 



Source : chaîne Historia
La guerre de Corée - documentaire canadien
Les différentes phases de la guerre. On comprend l'interprétation nord-coréenne : les occidentaux empêchent la réunification du peuple coréen et la révolution est sauvée par l'aide russe et surtout chinoise. Kim Il Sung, qui dirige le nord depuis la défaite japonaise sort grandi de cette guerre comme sauveur du peuple coréen.

Cette guerre va laisser de lourdes traces du fait de la violence des combats, d'atrocités commises de part et d'autres et des combats fratricides entre Coréens. Suite au cessez-le-feu entre les belligérants, les troupes américaines stationnent en permanence dans la partie sud et une des frontières les plus hermétiques au monde se met en place. D’autant plus hermétique qu’aucun traité de paix n’a été signé et que seul un cessez-le feu a mis fin à la guerre.

Le régime nord-coréen va peu à peu dériver puis se figer dans une dictature stalinienne oppressante comparable à la Roumanie de Ceaucescu. Répression politique, surveillance permanente de la population jusqu'à l'échelon individuel, économie autarcique sensée garantir l'indépendance.
La guerre froide connait des moments forts et des périodes de réchauffement au gré des évènements et des changements de dirigeants des deux blocs. Mais la Corée du Nord reste sur une même ligne dure : l'ennemi impérialiste emmené par les Etats-Unis doit être combattu.
Les Etats-Unis avaient durant ces décennies entreposé plusieurs centaines de têtes nucléaires en Corée du Sud. En réaction, la Corée du Nord entreprend un programme nucléaire probablement dés les années 60. Mais c'est seulement dans les années 90 qu'il porte ses fruits. Ainsi, même si le premier test date de 2006, la Corée du Nord est soupçonnée de détenir l'arme atomique depuis le milieu des années 90.
Il aurait semblé logique que la fin de la guerre froide mette fin au programme puisque c'est elle qui était à l'origine de sa mise en place. Cependant, la détention de la bombe A dans ce nouveau contexte offre des perspectives inattendues.



Le contraste entre le nord et le sud. Photo satellite de la péninsule prise de nuit. La seule tâche de lumière de la Corée du Nord est la capitale Pyongyang. Plus que des statistiques peu fiables, ce document démontre l'abysse que sépare le nord et le sud en terme de développement.

La fin de la guerre froide et le passage de la Chine à l'économie de marché change radicalement l'environnement géopolitique de la Corée du Nord. D'autant que son économie était maintenue sous perfusion de ses deux "Grands frères".
Durant les années 90, ses anciens alliés cessent de livrer des ressources à tarif préférentiel : le pays subit une grave pénurie en énergie et produits alimentaires qu'il n'est plus capable d'acheter. Et en 1994, le guide suprême Kim Il Sung s'éteind, remplacé par son fils Kim Jong Il, créant la première dynastie communiste au monde. A ce moment, le pays traverse une des pires crises de son Histoire. Au surplus, de mauvaises conditions climatiques empirent une situation fragile.
Une des pires famines contemporaines décime dans le plus grand silence la population, faisant plusieurs millions de victimes. La production industrielle et le commerce s'écroulent. Aucun chiffre n'est fiable donc aucune statistique n'est significative. Les images actuelles des quelques rares reportages sont plus parlantes.


envoyé par pillbox

        "Lorsque disparut Kim Il Sung le guide bien-aimé, des milliers de grues blanches apparurent pour l'emmener au ciel". Ainsi commence ce documentaire canadien édifiant.

La Corée du Nord est sous pression : d'un côté, un bloc communiste qui s'effondre, de l'autre une situation intérieure catastrophique. Pour rester aux commandes, le régime comprend que la diplomatie est le terrain d’opération qui lui offre la meilleure porte de sortie. Ainsi, alors que l’arme nucléaire est pour tous les pays qui en sont dotés une arme de dissuasion, elle devient également pour la Corée du Nord le bras armé d’une diplomatie de survie. Plus ou moins heureuse, cette stratégie évolue en se confrontant aux différents niveaux du contexte international. Pour le comprendre, il faut aborder pour chacun des pays voisins ses particularités et approches du conflit.



LA COREE DU SUD : ENTRE INTEGRATION REGIONALE ET VOLONTE DE REUNIFICATION

Le sud de la péninsule connait une forte croissance économique depuis les années 80. C’est un Nouveau Pays Industrialisé (NPI) possédant une économie capitaliste intégrée actrice de la mondialisation. Ce développement n’aurait pu être possible sans l’aide et la présence militaire américaine suite à la guerre de Corée. C’est pourquoi la diplomatie sud-coréenne est toujours très liée aux Etats-Unis.

Cependant, au cours des années 90 et 2000, l’économie sud-coréenne s’est de plus en plus intégrée à ses puissants voisins : le Japon et la Chine. Ce faisant, les anciens équilibres de bloc se dissolvent : La Chine communiste reconnait la Corée du Sud et des relations diplomatiques sont nouées en 1992 malgré les protestations de PyongYang. En 2005, la Chine devient la première destination des exportations sud-coréenne et inversement la Corée du Sud devient cette même année le deuxième fournisseur de la Chine après le Japon (source Wikipedia). En conséquence, du fait de cette interdépendance économique, la Corée du Nord ne peut plus s’appuyer sur le soutien inconditionnel de la Chine face à la Corée du Sud.

Sur le plan politique, la Corée du Sud est une démocratie présidentielle depuis 1987 et la Corée du Nord est un thème important de toute élection au sud. Et en tant que Coréens, derrière toute négociation à propos de leurs cousins du Nord pointe l’idée de réunification. Cette idée ressurgit lors des périodes de réchauffement comme en 2000 :

Le président Kim Dae-Jung élu en 1997, lance la politique de la main tendu dite sunshine policy (rayon de soleil) et se rend à Pyongyang  en 2000. Il débloque une aide alimentaire et financière au profit du nord et lance une coopération économique qui se limite au développement de la zone dactivité de Kaesong en Corée du Nord, premier pas vers une réunification. Bien quil reçoive le prix Nobel de la paix, son action est très critiquée car sans contrepartie réelle exigée du Nord. Le changement dadministration américaine puis lélection en 2008 du conservateur Lee Myung-bak va assombrir les relations inter-coréennes.

Ainsi, même si chaque Coréen est attaché à l’idée de réunification, elle reste un lointain objectif et non une stratégie politique : Outre les difficiles relations avec la Corée du Nord, les difficultés lors de la réunification allemande ont refroidi les ardeurs. Nul homme politique ne s’engage aujourd’hui sur ce point. Plus encore, la nouvelle génération de Coréens a toujours connu les deux Corées et semble indifférente à leurs énigmatiques voisins et n’est pas prête à payer les errements de l’Histoire.

Source : Armée Coréenne
Exercices militaires de l'armée sud-coréenne présentant leur armement 

 

Sur le plan militaire, le budget s’est fortement accru, grâce au développement économique. 670000 soldats actifs, 4.5 millions de réservistes, équipements américains derniers cris, un budget qui a atteint environ 22 milliards de dollars en 2006 (14.5 milliards en 2003) ! L’armée sud-coréenne actuelle n’a rien à voir avec ce qu’elle était lors du déclenchement de la guerre de Corée. Une telle armée sert tout à la fois à dissuader la Corée du Nord qu’à terme, assurer l’indépendance diplomatique du pays vis-à-vis des Etats-Unis.

Seule, la Corée du Nord ne peut plus suivre une telle course à l’armement. L’arme nucléaire est aussi pour une part une dissuasion face à cette montée en puissance.

 

D’autres thèmes attirent par ailleurs l’attention des sud-coréens : les difficultés économiques actuelles, les scandales de corruption, les soubresauts nationalistes qui opposent Corée et Japon sur la souveraineté de l’archipel des îles Dokdo en Mer du Japon. Les relations américano-coréennes étaient également tendues sous Bush et les Coréens ressentent la présence militaire américaine comme une occupation. Là encore, la diplomatie nord-coréenne ne marque pas de points : elle aurait en effet pu utiliser ces thèmes de politique intérieur pour fédérer les mécontentements sud-coréens comme elle l’avait fait dans les années 90. Mais dans un contexte de crispation, l’opinion publique sud-coréenne reste hostile, surtout après les derniers essais et lancements perçus comme insultants.


Par conséquent, puissance économique et militaire confirmée, la Corée du Sud est perçue comme d’autant plus menaçante par la Corée du Nord que sa direction très conservatrice est héritière de la période des dictateurs anti-communistes qui ont suivi la guerre de Corée.

 

LA CHINE : UN AGACEMENT CROISSANT DU PETIT FRERE

Depuis la politique de l’ouverture de 1979, la Chine s’est lancée dans une course effrénée à l’intégration économique au monde capitaliste la menant à son statut actuel d'atelier du monde. Dotée d’une immense réserve de devises fortes, elle est devenue dépendante commercialement et financièrement des Etats-Unis. Cependant, son jeu diplomatique ne suit pas cette intégration économique. Profitant des interstices laissées par la diplomatie américaine, la Chine fournit de l’armement et devient un partenaire incontournable de certaines régions du monde : Pakistan, Iran, Asie centrale, Birmanie, Syrie, Lybie, Corée du Nord, la Chine aborde les pays pointés du doigt par l’ONU. Dans un but géopolitique d’affirmation face à la suprématie américaine et dans un but purement économique d’approvisionnement en matière première.

C’est dans ce contexte que s’aborde la relation avec la Corée du Nord. L’entente des deux peuples unis dans le combat face à l’impérialisme américain n’est plus d’actualité pour la Chine pragmatique actuelle. Et la Corée du Nord est un allié de plus en plus embarrassant. Une dictature nationaliste birmane dotée de pétrole qui menace sa population mais pas ses voisins pose moins de soucis à la Chine que le frère communiste porté à bout de bras.

La Chine est membre de l’AIEA et également signataire du Traité de Non Prolifération. Dans ce contexte, elle valide elle aussi les sanctions votées contre la Corée du Nord. Dans le passé, la Chine tout comme la Russie a toujours joué de son poids dans l’organisation pour limiter la portée de ces sanctions. Mais les derniers évènements ont particulièrement déplu à la Chine qui ne va pas risquer de froisser les Etats-Unis et la Corée du Sud auxquelles elle est désormais très liée.

Sur un plan purement géopolitique, la Chine a acquis un statut qui l’oblige à une maturité dans ses rapports aux autres. De pays dominé, elle est passée à celui de pays dominant et son champ d’action ne se limite plus à ses seules frontières : elle est présente activement jusqu’en Afrique et même en Amérique du Sud. L’importance de la Corée du Nord en est d’autant réduite. Ainsi lorsque la Chine fonde avec la Russie l’Organisation de Shanghai chargée au départ d’aplanir les problèmes de frontières puis par extension d’aborder des problèmes de sécurité internationale en contrepoids des Etats-Unis, la Corée du Nord n’est pas invitée à en faire partie.

 

LA RUSSIE : EN MARGE MAIS TOUJOURS INFLUENTE

L’union Soviétique fut l’autre alliée de la Corée du Nord pendant la guerre. Son effondrement et son remplacement par la Russie ne se traduit pas par un soutien indéfectible. En prise à une grave crise économique dans les années 90 et jusqu’en 2001, la Russie se replie sur son pré carré et recentre son attention sur l’ouest face à l’avancée de l’OTAN et sur la Chine, important voisin et client, au sein du traité de Shanghai. Pour autant, la Corée du Nord n’est pas sans intérêt pour la proche et cependant lointaine Russie de Poutine. C’est une monnaie d’échange dans les négociations face aux Etats-Unis sur d’autres théâtres d’opération. Mais rien de plus.

 

LE JAPON : SUBIT SON PASSE ET REDOUTE L'AVENIR

La politique internationale du Japon est dans une position délicate.

Les Coréens n’oublient pas les exactions japonaises pendant la longue occupation du pays et le moindre geste nationaliste est très mal perçu par les Coréens (de 1905 à 1945, Le Japon a occupé et exploité brutalement la Corée, réprimé la culture coréenne) ainsi que par les Chinois (Le Japon ne s’est par exemple jamais excusé pour le massacre de Nankin de 1931). Les relations entre le Japon et la Corée du Sud ne sont ainsi pas aussi bonne que leurs relations économiques et leur appartenance au même camp feraient croire. C’est là une division au sein du camp s’opposant de front à la Corée du Nord.

Bridée par une constitution imposée par les Etats-Unis à la fin de la deuxième guerre mondiale (interdiction d’effectuer des opérations militaires autres que défensives), son influence passe par d’autres canaux que militaire. La puissance économique des années 80 a permis d’assurer une zone d’influence qui se traduit par ce que les économistes appellent la zone Yen par comparaison à la zone Mark en Europe. Mais elle ne dépasse pas le stade de l’économie. Qui plus est, cette économie s’affaiblit dans les années 90 suite à l’éclatement de la bulle immobilière. Et la zone d’influence économique du Japon est menacée par la montée en puissance de la Chine.  

Le Japon se sent donc très vulnérable et dépendant des Etats-Unis face à la Corée du Nord. C’est d’ailleurs le Japon et non la Corée du Sud qui a convoqué la réunion extraordinaire du conseil de sécurité après le tir du 5 avril.



      
 
Documentaire trés documenté sur le lien Etats-Unis-Corée du Nord dans les années 90 puis 2000. 

ETATS-UNIS : APPROCHE EVOLUTIVE D’UNE SUPERPUISSANCE CHANCELANTE

La diplomatie américaine a toujours été capable de se réorienter en fonction des contextes politiques et stratégiques. C’est ainsi que les inflexions majeurs sont calquées sur les grands tournants de l’Histoire planétaire avec une remarquable capacité d’adaptation. Ce qui ne veut pas dire, soit dit en passant, que les résultats de l’action politique sont à la hauteur de sa diplomatie.  Ainsi, premier tournant, la chute du bloc soviétique, deuxième tournant, les attentats de 2001 et troisième tournant que nous vivons actuellement, l’élection d’Obama.

Lors du premier tournant, les Etats-Unis deviennent la superpuissance mondiale, tant économique que militaire. Elle pousse son avantage et intègre d’anciens pays du bloc de l’est dans l’OTAN, réduisant d’autant la sphère d’influence d’une Russie en pleine crise. A cette époque les pays encore communistes sont perçus comme des résidus d’une époque révolue qui s’effondreront d’eux même. Il suffit simplement d’attendre sans risquer de confrontations directes. D’autre part, inutile d’irriter trop la Chine et la Russie en se précipitant. C’est pourquoi lorsque la famine sévit en Corée du Nord les Etats-Unis pensent que le fruit est mûr. Mais pour éviter un effondrement chaotique d’un régime sur la voie de l’arme atomique, ils privilégient le changement en douceur avec rencontres bilatérales et aide économique. L’administration Clinton est alors au diapason de la position sud-coréenne, à savoir la sunshine policy.

Puis les attentas du World Trade Center coincident à peu prêt avec l’élection de Georges W Bush. La nouvelle équipe veut combattre le terrorisme et les pays qui le financent. Avec une emphase qui tient plus de la prédication que de la "real-politic",  un axe du mal est identifié et combattu : Irak, mais aussi Iran et Corée du Nord. Ceux qui ne retournent pas leur veste (Libye, Syrie) se retrouvent en ligne de mire. Ainsi, la sunshine policy est sévèrement remise en cause par la direction républicaine : ce sont des subventions données à un Etat voyou lui permettant de survivre. Dés lors, la politique américaine refuse tout compromis à la table de négociation. Le régime de Pyongyang doit cesser son programme nucléaire et réintégrer le Traité de Non Prolifération sans les contreparties exigées par les Nord-Coréens. La situation est bloquée et la Corée s’enfonce à nouveau. Curieux paradoxe maintes fois vérifié, tout pays s’acharnant à l’autosuffisance finit par être dépendant de l’aide des autres. Ainsi, le blocus étrangle la Corée du Nord. Pour elle, l’administration Bush veut faire chuter le régime sous couvert de critiques de son programme nucléaire. Poursuivre le programme, c’est prendre le risque d’une escalade. Y renoncer, c’est devenir vulnérable et perdre la face avec un risque d’effondrement. Ne trouvant pas de porte de sortie honorable, la Corée du Nord opte pour le premier choix et effectue son premier essai en 2006. Cependant, elle sait que les risques d’interventions militaires sont quasi inexistants. Empêtrée en Irak et en Afghanistan, l’armée américaine devient un fardeau budgétaire intenable. La crise financière termine le travail. Et dans une situation économique difficile, les américains élisent le démocrate Barack Obama à la présidence.

La nouvelle administration se désengage de l’Irak et d’autres régions du globe. Même en Corée du Sud, un plan de réorganisation est dans les cartons en vue  de réduire les troupes et de les regrouper près de Séoul. La politique américaine va se concentrer sur ses problèmes internes. Et même si une politique isolationniste est à exclure, l’interventionnisme de ces dernières années va laisser place à une approche plus consensuelle, peut-être plus multilatérale, selon les vœux même du président.

Obama a tendu la main vers l’Iran lors d’un discours sur Voice of America à leur adresse (voir video). Et se disait favorable à la reprise du dialogue. Pourquoi pas nous ? Ont pu se dire les dirigeants nord-coréens. Mais alors que l’Iran a une politique offensive de leadership régional soutenue par les revenus pétroliers et gaziers, la Corée du Nord est strictement défensive et sans revenus. Pour être encore plus claire, l’Iran sans la bombe atomique est plus dangereuse que la Corée avec. La Corée du Nord est donc tentée de s’immiscer de force dans l’agenda chargé d’Obama à travers la médiatisation de ses bruits de bottes et ainsi rester une priorité à traiter. Lancer des fusées le jour de la fête nationale américaine est en tout cas significatif des efforts déployés pour attirer l’attention. Reste la grande interrogation pour Pyongyang : aprés ce coup de force, quelle va être la réaction d'Obama ?

LA FUITE EN AVANT COMME AVENIR ? 

La Corée du Nord est acculée. Impasse intérieure, impasse extérieure. L'arme atomique est le seul moyen de négociation dont elle dispose selon elle pour tenir à distance la puissance militaire sud-coréenne et américaine. Une autre lecture est également possible, présentée notamment par la presse sud-coréenne (traduction du courrier international). Kim Jong Il est malade et est en train d'assurer sa succession en la personne de son troisième fils. Pour l'assoir à son poste, rien de tel qu'une crise ressoudant la population autour de ses dirigeants afin de faire face à la menace étrangère alors que pays aprés pays, nous avons vu que le contexte est trés défavorable au régime stalinien.
Autour du petit Etat prisonnier de l'époque soviétique, l’Asie émergente d’après la fin de la guerre froide est une Asie nationaliste où se cristallise les épisodes historiques passés, plus proche de l’Europe du 19e que de notre Union Européenne actuelle. Asie où les Etats-Unis perdent de leur influence et ou l'équilibre des forces est en recomposition autour des puissances régionales. Asie où le chantage nucléaire issue de la logique des blocs ressemble à la politique de la canonnière à l'ère de la guerre économique. La Corée du Nord toute entière est un anachronisme courant contre la montre.
Par Guilhem Turgis - Publié dans : Géopolitique
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Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /2009 09:48
La crise économique et financière actuelle est certes bien mondiale, mais ne frappe pas indifférémment chaque pays. Les politiques menées ces 10 à 20 dernières années ont une influence directe sur la capacité de résistance et parfois aussi sur la genèse de la crise.
Si les analystes simplifient la mondialisation économique en un village global où les liens de causalité et de responsabilité se brouillent, ils occultent la réalité bien tangible de pays aux stratégies économiques différentes. Ces stratégies s'inscrivent dans un contexte de compétition entre territoires et ce, à toutes les échelles, de la commune jusqu'au pays, voir même au continent.

L'Europe s'appuie sur quelques grosses puissances : Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie. Et dans une moindre mesure, l'Espagne ou la Suède. Leur importance n'est pas seulement économique mais historique. Ces puissances se sont opposées durant les siècles passés et leur structuration économique en découle : la culture de l'indépendance économique, pour ne pas dire de l'autarcie pour de courtes périodes, alliée à un volontarisme étatique fort a permis au cours du XIXe siècle l'émergence d'une économie variée et intégrée. La politique coloniale et les guerres mondiales ont renforcé l'idée d'une zone d'influence contrôlée par la puissance. A l'intérieur de cette zone, le tissu économique doit répondre à tous les besoins : armement, énergie, sidérurgie, textile, automobile, agroalimentaire, aéronautique, matières premières, ... tout secteur est stratégique et contribue à la course à la puissance.
Le traité de Rome et la naissance de la Communauté Européenne constitue un premier coup de butoir dans cette organisation nationaliste de l'économie. La période dite des 30 glorieuses qui accompagne cette intégration européenne réduit l'importance des anciennes colonies et pousse à la coopération des grands secteurs. Nous sommes à l'heure des superstructures : par exemple, le programme Airbus est issu des anciens concurrents (voir même anciens ennemis pendant les guerres) Aerospatial, British Aerospace et l'allemand DASA. L'ouverture progressive des barrières douanières permet la naissance de compagnies transnationales capables de concurrencer les firmes américaines. 
A la même époque, les Etats du Benelux participent à la construction de la future Union Européenne mais ils dépendent économiquement de leurs puissants voisins. Quand à l'Irlande, l'Islande, la Finlande et tous ces autres états ne dépassant pas 10 millions d'habitants, ils se débattent avec les problèmes de sous-développement : marchés trop étroits, sous-investissements, mono-industrie dépendant d'une matière première (filière bois en Finlande, pêche en Islande).

La crise des années 70 et surtout les années 80 vont sensiblement redistribuées les cartes. C'est le deuxième coup de butoir contre l'économie nationaliste. Des secteurs se bâtissent et se conçoivent à l'échelle mondiale. Le textile, l'électronique puis l'informatique sont investis par les pays émergents asiatiques s'appuyant sur de faibles coûts de main d'oeuvre et une grand capacité d'adaptation.
En Europe, ce changement d'environnement va changer les rapports de forces. Les grandes puissances, tels des paquebots changeant de cap, se débattent avec les problèmes structurels issus de leur passé : industrie minière en fin de vie, électronique grand publique en crise, textile moribond, sidérurgie en surcapacité, industrie d'équipement habituée à leurs marchés protégés et découvrant la concurrence. Des secteurs entiers disparaissent.
Les grands pays indutrialisés tentent de garder des positions fortes dans tous les secteurs, car tous sont porteurs d'enjeux économiques et politiques liés à l'histoire du pays. Ainsi, le textile, la sidérurgie, l'automobile, la chimie, le bâtiment, occupent une part importante de l'économie de la France, de l'Allemagne, du Japon, des Etats-Unis, ... . Ces différents secteurs sont interdépendant et aujourd'hui encore forment ensemble une structure économique cohérente. Difficile de mettre une croix dessus malgré la crise qu'ils traversent.

A l'inverse certains petits états profitent d'un contexte qui leur est favorable. N'ayant pas de tradition industrielle, ils n'ont pas à subir cette sinistrose. Ils définissent les bases structurelles nécessaires à leur croissance : simplifications administratives, formations professionnelles, investissements dans les atouts du pays.



Source :  Dessous des cartes
Documentaire datant de 1998. L'exemple de l'Irlande, "tigre celtique". 

Leur petite taille était un frein au développement (petit marché), il devient un atout (capacité d'adaptation) :
- Le Danemark ne dispose pas d'industrie textile ou automobile importante. Mais il s'est notamment spécialisé dans la pharmacie, les bio-technologies et l'électronique de pointe.



Source : OCDE - http://www.ladocumentationfrancaise.fr 

- L'Islande utilise la géothermie pour produire l'électricité la moins chère du monde et accueille de grandes fonderies d'aluminium trés énergivores. Par ailleurs l'industrie de la pêche est industrialisée.
- L'Irlande avec ses faibles salaires et charges sociales attire l'industrie informatique : Dell, Apple, IBM, SAP entre autres.



Source : OCDE - http://www.ladocumentationfrancaise.fr 

- La Finlande aprés une crise en 1990-1992 repense son système éducatif et de recherche. Ainsi, Nokia, entreprise de papier diversifiée dans les téléviseurs et les téléphones est au bord de la faillite et repense son développement. C'est aujourd'hui le pays investissant le plus en Recherche et Développement au monde (3,4% du PIB). 
- Le Portugal profite, dans les années 80 et 90, d'une main d'oeuvre à bas coût et de son appartenance à L'Union pour attirer des industries légères et automobile. A l'opposé des autres, le Portugal ne poursuit pas sa lancée durant la décennie 2000.

En conséquence, les industries spécialisées de ces pays ne se satisfont évidemment pas du marché intérieur. Elles sont entièrement tournées vers l'exportation. C'est ce qui a fait leur force durant les années de croissance. Trés spécialisées, dotées d'une grande capacité d'adaptation  (elle-même pour partie conséquence de la taille du pays), bénéficiant de politiques volontaristes des gouvernements, elles ont tirées la croissance de ces pays
.


Source : FMI - http://www.robert-schuman.eu 
 
Dans la décennie 2000, ces pays connaissent une forte croissance. Les médias les citent en exemple. Pour la réforme de l'administration, de l'éducation, de la solidité économique, du chômage, on ne jure que par les modèles irlandais, finlandais ou danois. 
A ceci prêt que leur réussite est directement liée à leur taille. Et à mesure que leur croissance se faisait plus éclatante, leur dépendance envers les exportations et des secteurs spécifiques les amenaient vers des logiques mono-industrielles que, d'une part, de grands pays ne peuvent pas adopter et qui, d'autres part, sont dangereuses.

Autre facteur de fragilité, ces secteurs d'activité en forte croissance sont gourmands en capitaux. Et ces besoins dépassent les capacités des entreprises locales, à quelques exceptions prêt (Ryanair, Nokia, Bang & Olufsen). Ainsi, ce sont surtout les multinationales qui ont porté ce dynamisme. Et les échanges internationaux de ces pays sont pour une bonne part des échanges entre les usines d'un même groupe. Le pouvoir de décision reste, quand à lui, à Londres, Frankfort, Tokyo, Paris ou New York.
Derrière les fortes croissances de ces pays, se cachaient en fait l'accroissement des activités des multinationales. Or celles-ci sont prêtes à changer leur fusil d'épaule à la moindre opportunité, ce qui vient de se produire avec la délocalisation d'une partie des activités de Dell d'Irlande vers la Pologne.


Dell, qui représente 5% des exportations d'Irlande, délocalise sa production d'Irlande vers la Pologne :
http://www.france24.com/fr/20090220-reporters-site-phare-dell-partira-pologne-delocalisation-limerick-lodz-crise-economique-chomage

Conséquence, par ailleurs, de l'afflux de capitaux durant les années fastes, un emballement de la finance et de l'immobilier dans beaucoup de ces pays. Année aprés année, l'argent injecté va proportionellement moins aux investissements directs (les usines, laboratoires ...) et plus dans l'immobilier et la finance dont les rendements à court terme sont bien plus intéressants dans ce contexte. Une bulle spéculative se met en place et va accroître artificiellement la richesse du pays. Le crédit est facile, à faible taux, ce qui facilite la consommation au détriment de l'épargne. Ce phénomène affecte surtout l'Irlande et l'Islande.


Source : Euronews


Trés affectée par la crise financière, avec une chute de 10% du PIB prévue en 2009, l'Islande dispose de sa propre monnaie et n'est donc pas protégée par l'euro... et la population se voit bien rejoindre l'Union.


Ainsi, la croissance des années précédentes était le symbole d'un essor des petits pays et d'un rééquilibrage des forces entre les puissances de premier plan et celles de second plan. L'Irlande, le Danemark, l'Islande, la Finlande (etc ...) ont trouvé leur place dans la division internationale du travail.

Toutefois, le modèle de cette croissance porte en elle ses limites :
- Déséquilibres macro-économiques criant : La chute de l'épargne signifie que les investissements et même la consommation du pays ne sont pas financés par l'épargne du pays mais par l'apport de liquidités de pays émetteurs : Russie, Chine, OPEP, Japon, Taiwan, ... D'année en année ce déséquilibre est allé croissant. Et lorsque le pays n'est pas dans la zone euro mais dispose de sa propre monnaie (Danemark, Islande), il est seul à encaisser un rééquilibrage des comptes courants. La crise financière actuelle, au-delà des scandales de tel homme d'affaire ou telle banque, est d'abord un rééquilibrage brutal entre zones émettrices de liquidités et pays consommateurs.


Source : OCDE - http://www.ladocumentationfrancaise.fr

- Vulnérabilité aux exportations : Le pays est dépendant d'un environnement sur lequel il a peu de prise. L'effondrement des importations américaines et la chute du dollar perturbent fortement les exportations sans qu'aucune politique nationale ne puisse vraiment agir.
- Mono-industrie : La chute d'un secteur ne sera pas contrebalancé par l'émergence d'un autre. Et le risque est bien là : L'industrie informatique est trés versatile. Les délocalisations sont d'autant plus aisées que le marché est mondial. Il en va de même avec les téléphones.
 - Il faut néanmoins nuancer. Ces pays sont trés différents entre eux de part leurs Histoires, leurs sociétés et leurs politiques. En conséquence, ils affrontent différemment la crise. 

Dans la crise actuelle, la spécialisation des petits pays les rend plus vulnérables à la chute de la demande mondiale. Et leur marge de maneuvre est à la hauteur de leur taille. Ils en sont réduit à subir et attendre les plans de relance décidés par les Grands Etats. Et une fois les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Asie à nouveau sur les rails, ils espèrent relancer leurs exportations. Se faisant, ils comptent sur la perpétuation de l'équilibre (ou plutôt du déséquilibre) dont ils ont joui ces 20 dernières années. Or un des enjeux de cette crise inédite est la redéfinition des rêgles et du fonctionnement du capitalisme actuel et la réduction des déséquilibres. Un tel changement, qu'il soit décidé lors des réunions par les dirigeants ou induits par le système ne manquerait pas de remettre en cause leur propre modèle de croissance. Et devant une telle éventualité, les hommes politiques et décideurs sont dans le flou. Quelque soit la taille du pays. A moins de repenser la problématique à une autre échelle, celle de l'Europe. Aprés une décennie d'eurosepticisme, il est peut-être temps de remettre L'Union au coeur des politiques économiques.
Par geograv - Publié dans : Géopolitique
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Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /2008 12:09

Le Liban est une fois de plus en première page des actualités. La dernière fois, c'était l'été 2006 lors des opérations israeliennes contre le Hezbollah. On retrouve aujourd'hui le Hezbollah mais cette fois-ci dans le rôle d'agresseur. Sunnites, Chiites, Chrétiens se superposent à l'emmiettement ethnique et aux influences extérieures. Et à chaque fois se repose la question : Le Liban est-il un pays dans le sens où nous l'entendons , c'est à dire un territoire homogène régit par un pouvoir structuré ?
Plus qu'un territoire, c'est une frontière : entre les puissances régionales, entre deux continents, entre les trois religions du livre. Et c'est aux frontières que l'on se fait la guerre. Comment connaître la paix dans un tel contexte ?

 

Il y a déjà presque un an : la difficile émergence d'une classe politique au Liban indépendante de la Syrie voisine. Reportage France24.

Il y a pourtant un précédent : Djibouti dans la corne de l'Afrique, ancienne colonie française coincée entre 3 pays instables régulièrement en proie aux conflits, est également petit, stratégique, divisé en deux groupes ethniques, à la frontière de plusieurs mondes. Et Djibouti est étonamment stable depuis son indépendance.
Quelles différences alors avec le Liban ? Dans le cas de Djibouti, la présence militaire française et depuis peu américaine, assure l'ancrage de Djibouti dans la zone d'influence occidentale. Est-ce à dire que l'indépendance du Liban en fait justement le théâtre de conflits ?
Aprés tout, c'est lorsque cette zone était occuppée (Empire Ottoman, France) qu'elle était relativement calme. A partir du moment ou elle redeviend libre, elle est l'objet de convoitises qui sapent les fondations d'un Etat souverain et en conséquence, menace l'identité même du pays. D'autant qu'autre différence entre Djibouti et le Liban : le Liban est riche, bien plus, rapporté à sa population, que ses voisins arabes. Ce qui attire les convoitises, Syrie en tête. Ne peut-on être libre et en paix au moyen-orient ?

Par geograv - Publié dans : Géopolitique
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Dimanche 11 mai 2008 7 11 /05 /2008 16:45

Pas d’actualité dans les média sans un encart alarmiste sur la montée du prix du pétrole. Les explications évoquées sont inlassablement les mêmes : une conjonction d’éléments long terme et de phénomènes conjoncturels. Je ne vais pas avancer ici les éléments évoqués partout ailleurs : la Chine, les biocarburants, les réserves limitées, les conflits régionaux menaçant des lieux de productions (Nigéria, Iran, Venezuela, crise financière de l’immobilier incitant à reporter les actifs vers les valeurs refuges que sont les matières premières), les cyclones, les pics de consommation dus à l’hiver, l’OPEP. Tout cela, vous le savez déjà en suivant les actualités télévisées. Pour ceux qui veulent une piqure de rappel, voici l’excellente émission C dans l’Air de France5.

 

 


C'est dans l'air > Pétrole : le 3e choc 1/4

 

 

 

 

 

 

Et à priori, autant d’éléments suffisent à tout expliquer. Finalement, de bêtes histoires d’offres et de demandes. A ceci prêt que l’or noir n’est pas le saucisson et qu’on ne peut se contenter d’une simple équation économique.

Il existe en effet des causes géopolitiques qui remontent à plusieurs dizaines d’années. Précisément aux premiers chocs pétroliers.

1974-1979 : L’argent des premiers krach

A cette époque, le cartel de l’OPEP fait grimper les prix en coupant le robinet. Officiellement, pour des raisons politiques en représaille contre Israel (Guerre du Kippour 1974) et suite à la révolution iranienne (1979). L’autre interprétation, c’est que les pays producteurs voulaient leur part du gâteau de la période dorée des 30 glorieuses. Dorée pour l’occident et le Japon. Car tout ce qu’on demande aux producteurs de matières premières, c’est d’assurer l’approvisionnement des pays développés à des prix modiques. Et les deux krachs pétroliers sont l’occasion d’une redistribution des richesses. Les dollars affluent chez les producteurs. On pourrait voir un parallèle avec la situation actuelle. Il n’en est pourtant rien. La gestion de cet argent est catastrophique : l’argent revient dans les caisses de grandes banques européennes. Ces dernières s’empressent de prêter cet argent aux producteurs à des taux élevés.  Les investissements sont hazardeux, en dépit du bon sens et souvent dans un contexte nationaliste, populiste et dans des économies plus ou moins socialisées : comprendre par là que l’investissement n’est pas allé à l’éducation, la santé, les infrastructures mais dans des industries lourdes crées ex-nihilo à prix d’or et sans débouchés réels et que surtout, l’essentiel des dépenses sont allées à l’armement.

Conséquence : au milieu des années 80, les petites monarchies pétrolières sont riches (Quatar, Koweit, Emirats Arabes Unis, Oman, Arabie Saoudite, Libye) mais les producteurs peuplés (donc avec d’important problèmes structurels de sous-développement : Algérie, Nigéria, Venezuela, Indonésie, Irak, Iran, Mexique) sont très endettés.

 

 


1976 : « On n’a pas de pétrole, mais on a des idées. » La hausse du pétrole c’est aussi une remise en cause des gaspillages de la société de consommation de masse issue des 30 Glorieuses

 

 

 

 

 

1986 : le contre-krach

 

Autre conséquence, la flambée des prix a obligé les pays consommateurs à réduire leur consommation, faire des économies d’énergie, développer le nucléaire dans le cas notamment de la France, et pour revenir au pétrole, diversifier leurs approvisionnements. Du coup, la consommation s’effondre sous le double coup des politiques énergétiques et de la fin des années de forte croissance. Et la part des pays de l’OPEP dans la production mondiale se réduit. Les pays producteurs se retrouvent pris à la gorge. Pour maintenir les prix, il faut réajuster l’offre à la baisse. Mais les pays endettés sont tentés d’augmenter leur production pour accroître leurs revenus. L’Arabie Saoudite réduit la sienne pour faire tampon jusqu’à ce qu’en 1986, elle change de politique.

 

Le partenariat stratégique USA- Arabie

 

Le partenariat n’est pas né dans les années 80. Il date de l’après guerre mais s’est renforcé sous l’administration Reagan puis Bush père. En gros, c’est un échange protection contre approvisionnement régulier en pétrole. Pourquoi ce renforcement ? Les deux parties y avaient intérêt :

 

 


Journal de France2 en 1987. La guerre Iran Irak menace l'approvisionnement pétrolier et justifie la militarisation du Golfe Persique.


Du côté des Etats-Unis, il y a des raisons économiques (forte inflation au début des années 80 en partie due à la flambée des cours concomitant à un dollar sur-évalué qui perturbe les marchés financiers…tiens donc, ça ne vous rappelle rien ?) et stratégiques : nous sommes encore en période de guerre froide et le moyen-orient, déjà intrinsèquement inflammable depuis plus de 2000 ans, est également un terrain de confrontation des blocs même si la complexité régionale échappe quelque peu aux deux protagonistes. Il est impératif pour les Etats-Unis de contrôler les ressources pétrolières de la zone. C’est d’autant plus le cas que l’Irak et l’Iran, deux importants producteurs de pétrole s’affrontent de 1980 à 1988 dans une guerre fratricide. Par ailleurs, la hausse des cours a aussi rempli les poches d’un des premiers exportateurs de pétrole au monde, l’Union Soviétique. L’ennemi qui possède des milliards de dollars de réserve et les utilisent dans la partie d’échec stratégique qu’est la guerre froide, voilà une ironie de l’Histoire qui ne fait pas rire l’administration américaine. 

 

 


Le dessous des cartes. La géo-stratégie de la dynastie des Saoud. (Analyse datant de 2000). Prise entre son rôle moteur dans le monde musulman (notamment les talibans) et son alliance avec les Etats-Unis. Jusqu'à quand ?

Du côté de l’Arabie Saoudite, certes les krach ont encore accrus les revenus mais comme nous l’avons dit, l’Arabie Saoudite est le producteur qui a le plus réduit sa production pour soutenir les cours tandis que d’autres producteurs ne jouaient pas le jeu et pompaient allègrement pour profiter à court terme des cours. Ainsi la part de l’Arabie s’est réduite dans la production mondiale de pétrole au profit de pays non OPEP. Autre élément, la part du pétrole dans l’ensemble des énergies s’est réduite du fait des politiques énergétiques (économies d’énergie, nucléaire, …). Plus grave encore, les pétrodollars qui affluent au moyen-orient permettent à certains pays de moderniser leurs armées et de prétendre à une hégémonie régionale : c’est une des causes du conflit Iran-Irak. S’en est trop pour l’Arabie Saoudite qui en 1986 ouvre les vannes et fait s’effondrer les cours. Elle peu d’autant plus se le permettre que le coût de l’extraction pétrolière en Arabie est le plus faible du monde (1 à 2 $ le baril). Ainsi, même à 15 $ le baril, l’Arabie gagne de l’argent, ce qui est loin d’être le cas de tout le monde.  

 


Emission France2 d’Ardisson. Très instructif mais attention au côté sensationnaliste.


1986-2000 : les racines du mal ?

Voir aussi cet article

Il s’en suit une période de stabilité qui dure jusqu’à la fin des années 90. La guerre du Golfe de 1991 est l’occasion de montrer la solidité de cette alliance qui semble profiter aux deux parties. En réalité, cette stabilité imposée au reste du monde nourrit des effets pervers dont nous ressentons aujourd’hui pleinement les effets :

Alors que les économies d’énergie étaient cruciales dans les années 80, elles sont délaissées par les politiques. Ainsi, les constructeurs automobiles investissaient dans l’électrique, les français en tête. Mais sans soutien actif des Etats et sans une infrastructure adaptée, les projets font long feu. Aux Etats-Unis, où les taxes pétrolières sont inexistantes, le règne du tout automobile se poursuit.

La consommation de pétrole repart, d’autant que les Etats-Unis connaissent une expansion économique forte à partir de 1993.

L’inflation atteint des niveaux historiquement bas, pas seulement du fait des faibles cours du pétrole. Les autres matières premières suivent le mouvement, et grâce au développement industrielle de l’Asie, les produits de consommation courante sont produits en masse à faible coût. Les pays développés profitent ainsi d’une désinflation importée.

Les yeux sont alors tournés vers la « nouvelle économie » d’internet et des télécoms. De considérables richesses se créent sur la base de cette mondialisation numérique. Et se faisant attire d’énormes capitaux. Le pétrole est vu comme une vieille industrie poussiéreuse dépassée. Pour gagner, il faut aller dans internet, en Chine, en Inde. La stabilité des prix du pétrole facilite l’expansion de l’économie mondiale mais n’attire pas les investisseurs cherchant de plus en plus d’importantes plus values court terme.

Du coup, les prix du pétrole s’effondrent en 1998-2000 (également sous l’effet de la crise financière asiatique de 1997). L’éclatement de la bulle internet remet les pendules à l’heure mais n’arrête pas le mouvement de fond qui se reporte sur l’industrie asiatique, la finance et … l’immobilier (on passe d’une bulle à une autre : les financiers bullent et les travailleurs trinquent). Après 2001, la consommation augmente fortement, surtout aux Etats-Unis et en Asie.

Cette croissance économique a pourtant besoin de carburant. Et tout au long de ces années, jusqu'au début des années 2000, les capacités excédentaires de production, notamment d’Arabie Saoudite, permettent d’y faire face. (voir cours sur wikipedia).

Par ailleurs, au sein même de l’industrie pétrolière, la période de cours faible se répercute dans les investissements. Les compagnies pétrolières fusionnent pour réduire leurs coûts (Total +Elf+PetroFina, Exxon+Mobile, …) et/ou se diversifient dans la chimie voir la pharmacie (Sanofi a été longtemps une filiale d’Elf). A l'opposé, il n’y a plus beaucoup d’investissements en exploration. D’autant que tous les nouveaux champs potentiellement intéressants coûtent chers à la production. Beaucoup trop pour un baril à 20$. L’OPEP reprend ainsi peu à peu les manettes. L'Arabie Saoudite change donc de position.

  


Oil, Smoke & Mirrors

VOSTFR. Quand aura lieu le pic, c'est à dire le maximum de production à partir duqel l'offre ne pourra pas suivre la demande ? Et quelles conséquences géopolitique ? Un tableau alarmiste.

A partir de 11 septembre 2001, la politique étrangère, donc pétrolière, des Etats-Unis change radicalement. Le statut-quo prend fin. Et le contrôle du pétrole Irakien par l'invasion est un moyen de faire contre-poids à la dépendance stratégique des Etats-Unis envers l'Arabie Saoudite. Nous connaissons tous la suite.

Modification du rapport de force des producteurs

   

 Durant cette même période, les rapports entre intervenants changent : il y a les multinationales (ExxonMobile, BP, Shell, Total, Texaco, mais aussi de nouveaux acteurs : Petrochina, Repsol, Petrobras) les Etats producteurs, et les compagnies pétrolières nationales (CPN) de ces Etats lorsqu’elles existent.

Ces dernières sont nées le plus souvent du premier krach. Les Etats cherchent à capter le plus possible des revenus et développent leurs propres filière pétrolière intégrant même le raffinage. Seulement, extraire du pétrole, ce n’est pas qu’une affaire de financier spéculateurs occidentaux. Il s’agit aussi d’un corps de métier et de technologie à maîtriser. Pour l’Etat, il y a trois possibilités :

-         La multinationale s’occuppe de tout. Le pays n’a rien à investire mais en retour perçoit très peu. Ce sont ces contracts qui sont remis en cause.

-         Le pays à travers une compagnie nationale investis dans ses propres champs. Et soustraite la partie technique à des entreprises étrangères (Technip, Schneider, …). C’est un mode assez répandu mais cela demande que le pays prenne les risques de l’exploitation à savoir investir sur des infrastructures avant que les puits ne rapportent.

-         Le pays dispose de la maîtrise technique. Dans ce cas il construit sa filière intégrée. Ce cas ne concerne que des grands pays : Brésil, Chine, Arabie Saoudite, Mexique.

C’est ainsi que ce sont constituées les compagnies nationalisées, constituant le bras armé du pouvoir politique : Petrobras au Brésil, Aramco en Arabie Saoudite, Sonatrach en Algérie, PDVSA au Vénézuela, Pemex au Mexique. Ces compagnies étaient en mauvaises postures dans les années 80 : infrastructures obsolètes, exploration quasi-inexistante, lourdeurs administratives, collusion avec l’appareil d’Etat. Elles sont de retour : la hausse des prix du pétrole leur ont permis de se moderniser et aujourd’hui, elles contrôlent la majorité des réserves mondiales.

Cependant l’Etat ne peut pas complètement se passer des multinationales. Et pas simplement pour des questions technologiques. Sauf cas particulier du Venezuela et de la Bolivie(cas de la Bolivie avec Shell), il n’y a pas nationalisation mais renégociation à des conditions plus favorables au pays producteur. Mais avant d’exploiter un gisement, il faut le découvrir.


Publicité pour une entreprise pétrolière. Une qualité cinéma, un mélange de haute technologie et de stéréotype du pays d'accueil. Pas de chocs des civilisations dans la communication : tous sont souriant dans un respect mutuel des cultures et de l'environnement. No comment.


Et l’exploration demande d’énormes investissements avec des risques importants. C’est toujours pour une bonne part les multinationales qui s’en charge. Lorsque la multinationale ou plutôt le groupement ( les risques sont mutualisés et les multinationales possèdent des participations dans chaque concession et le plus souvent la compagnie nationale possède une part minoritaire) découvre un gisement, il est logique qu’une part lui revienne.

Du point de vue des multinationales, l’horizon s’assombrit même si les bénéfices sont record. les réserves historiques à faible coût d’extraction leur échappe au profit des compagnies nationales ou bien sont renégociées : elles cherchaient à faire porter par le pays le risque dans un contexte difficile. Les pays producteurs pris à la gorge à l’époque n’étaient pas en position de force pour contester et ne percevaient qu’une faible part des revenus.

Les renégociations rognent leurs marges mais surtout, grêvent leurs réserves. Et l’avenir d’une entreprise du secteur repose sur ses réserves. Et chaque nouveau gisement est long et coûteux à découvrir et mettre en exploitation.

à voir aussi excellent article du monde diplomatique.

 

  

 

 

 

Et maintenant ?

 


Le Dessous des cartes sur la perspective 2030 

 

 


Comme le faisait remarquer Henry Kessinger au Roi Fadh, « Le pétrole n’a rien à voir avec les Arabes ». Traduction : si le pétrole a de la valeur, c’est parceque les occidentaux le consomment et si on sait l’extraire, c’est parceque les ingénieurs et compagnies américaines ont développé la technologie nécessaire. Le fait que le pétrole soit concentré au Moyen-orient est un pur hazard géologique qui encombre bien une géopolitique régionale déjà bien chargée.

Cela traduit une vision égocentrique du monde et surtout dépassée :
Aujourd’hui, les pays occidentaux n’ont plus le monopole de la consommation. Quand à la technologie, certains pays producteurs et de poids lourds économiques mondiaux se l’ont approprié. Le marché de l’or noir n’est ainsi pas régit seulement par l’offre et la demande. Ces 30 dernières années le montre. Il est au contraire très politique et est inscris dans toutes les crises géopolitiques et de civilization que nous avons traversées et que nous devrons prochainement affronter.

 

 

Par geograv - Publié dans : Géopolitique
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