observation

Mardi 30 mars 2010 2 30 /03 /Mars /2010 17:55

Un petit coup d’œil sur Mauguio, dans le sud méditerranéen français, près de Montpellier.

 

Une petite ville fondée il y a plus de mille ans et dont le rayonnement a largement dépassé le bassin languedocien pendant ses années de gloire.

 

Le noyau médiéval de Mauguio se révèle bien plus par le plan de ses rues que par l’architecture de ses bâtiments et monuments. En effet, c’est avec l’édification  vers 960 de la motte féodale que va se développer un regroupement des habitations et un embryon d’urbanisation.

 

 

mauguio rues circulaires

 

La basse cour s’installe au pied de ce relief artificiel surmonté d’un Donjon, initialement en bois, afin de bénéficier de la protection des seigneurs venus s’installer là. Les rues prennent donc cette forme circulaire caractéristique.

 

motte feodale mauguio selon MN BAUDRAND

Motte féodale de Mauguio, dessin de M.N. Baudrand 

 

 

 

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(photo ©regarddegeographe)

 

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 (photo ©regarddegeographe)

 

 Les comtes et évêques de Maguelone qui construisent cet édifice à Melgueil (qui deviendra Mauguio en 1622) savent développer le commerce et prendre les initiatives nécessaires pour leur assurer richesse, prospérité et développement du village. D’ailleurs, ils quittent la butte et viennent s’installer en ville au XIème dans un château de 500 m².

 

Ils commercent avec l’orient grâce au port relié à la méditerranée par l’étang de Hort. Profitant de la faiblesse du pouvoir royal de l’époque, ils s’arrogent le droit de battre monnaie (autour de 950). Le denier melgorien à base de cuivre et d’argent finit d’asseoir la puissance des comtes de Melgueil (anciennement Maguelone). Il rayonnera dans tout le bas Languedoc mais aussi en orient par le biais des échanges commerciaux et sera en circulation jusqu’au XVIème siècle.

 

Innocent III avait décidé en 1215 de confier le comté de Melgueil à l’évêque de Maguelone mais la prospérité économique attire les convoitises et au fil des pressions, la papauté finit par abandonner Melgueil au pouvoir royal. Plus tard, lors des guerres de religions (XVIème) la majorité de la population se tourne vers le protestantisme. Les épaisses murailles crénelées de la ville ne résisteront pas aux assauts de l’armée de Louis XIII. Celle-ci mettra la ville à sac et détruit les remparts.

 

Sur une image aérienne on distingue très nettement leur ancienne implantation sur tout le pourtour de la ville. On ne trouve plus de donjon sur la butte mais un château d’eau symbole de l’opulence retrouvée. En effet jusqu’au développement de la viticulture au XIXème, Mauguio est bien loin de ses gloires passées. La vigne va lui permettre de renouer avec la richesse et de nombreux édifices publics et privés vont voir le jour comme la Mairie et les lavoirs par exemple.

 

 

mauguio le centre ancien

 

 

Mauguio, centre ancien et trace des remparts

 

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 Mauguio, lavoirs (photo ©regarddegeographe)

 

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Mauguio, la mairie (photo ©regarddegeographe)

 

Mauguio est fière de son histoire et de ses traditions, chaque année les fêtes votives estivales se déroulent plus qu’ailleurs dans le respect des coutumes et l’on retrouve la tonalité religieuse qui a disparu dans la plupart des villes du bas Languedoc qui accueillent des fêtes taurines. 

 

 

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Mauguio, cérémonie rélieuse lors des fêtes votives (photo ©regarddegeographe)

 

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(photo ©regarddegeographe)

 

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 (photo ©regarddegeographe)

 

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(photo ©regarddegeographe)

 

Melgueil devenu Maugio a été un pôle économique important du bas Languedoc pendant des siècles, son rayonnement soutenu par sa monnaie lui a permis de créer des liens avec des pays de l’orient méditerranéens mais aussi d’attirer la convoitise des puissants, que ce soit la monarchie ou bien la papauté.

 

La butte féodale a constitué le point de départ de cette histoire et cristallisé autour d’elle, les habitations, le village et les campagnes avoisinantes irriguées par le développement économique. Un plan de l’infrastructure urbaine proche révèle d’ailleurs les aires d’influences des villes et villages construit à des distances variables les uns des autres en fonction de leur position dans la hiérarchie de l’armature.

 

 mauguio armature urbaine

 

Une vue aérienne centrée sur Mauguio révèle que la ville a continué de se développer mais cette fois grâce aux lotissements de résidents qui n’y travaillent pas ou peu. Mauguio accueille les habitants mais ne leur fournit plus l’activité professionnelle, c’est la métropole Montpelliéraine qui le fait.

 

 

mauguio la ville

 

Comme elle joua un rôle central dans la région grâce à ses relations maritimes pendant quelques siècles, Mauguio est  maintenant rentrée dans l’aire d’influence d’une voisine beaucoup plus puissante donc les activités ne sont pas tournées vers la méditerranée. A propos du Languedoc-Roussillon, Roger Brunet écrit en 1994 (Mappemonde n°3) « […] Méditerranéen de nature et de culture, il ne l’est pas dans ses relations ».

 

ABSTRACT :

 

Mauguio is a medieval city located in the South of France. It was born 1000 years ago thanks to the counts of Melgueil. They developed the trade and created their own money which will be used in all low Languedoc and which we shall find even in east. Mauguio prospered for several centuries.

Of this glorious past, the city keeps the circular streets typical of medieval towns, medieval hill and traces of walls but also the pride of a long history. Every year in the city take place summer votive festivals. Much more than elsewhere, in Mauguio we found religious and cultural traditions which the city has become the guardian.

 

 

Par Stephane MAHAUD - Publié dans : observation - Communauté : Histoire Géographie
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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 11:40

La mer d’Aral est située au NW de l’Ouzbékistan et au sud du Kazakhstan. Elle a fait parler d’elle ces dernières années en raison  d’une brutale diminution du niveau de ses eaux.

 

Cette baisse amorcée il y a 45 ans a entrainé la disparition de dizaines d’espèces animales. Les terres nouvellement émergées constituent un désert salé et toxique de plus de 2 millions d’hectares (l’Aralkoumami).

 

Aral Sea 1989-2008Source : Wikipedia

Les conséquences de ce phénomène attribué à l’assèchement de ses affluents (Syr Daria et Amou-Daria) par la planification agricole intensive soviétque se font ressentir localement bien sûr mais aussi régionalement car les poussières de ce néo-désert sont transportées jusqu’au Pamir et l’Altaï par exemple.

 




Devant l’ampleur du phénomène et son aspect à priori irréversible, l’ONU a engagé un certain nombre de démarches et adopté une convention pour lutter contre la désertification. Celle-ci connaît un certain succès notamment du coté de la « petite mer d’Aral » (partie Nord).

 




En réalité, le véritable évènement est récemment venu des scientifiques et notamment des archéologues qui ont démontré que ce recul des eaux s’était déjà produit quatre fois au cours de l’histoire de cette mer jusqu’à atteindre un assèchement presque complet. Or, le niveau est à chaque fois remonté. On a ainsi trouvé des traces de culture du blé, du mil et de légumes mais aussi les vestiges de villes antiques dans ce qui était le fond de la mer contemporaine (exemple d'article).

 

Le moteur de cet impressionnant phénomène serait climatique mais aussi géologique dû pour une part à la tectonique et pour une autre part à la nature sédimentaire des roches encaissantes. Celles-ci fonctionneraient un peu comme des éponges absorbant ou restituant l’eau en fonction de la pression qu’elles subissent. On a aussi découvert de puissantes sources souterraines qui contribuent à alimenter cette mer intérieure. La question d’un lien hydrogéologique entre la mer d’Aral et la mer Caspienne est même posée (article du Courrier International).

 

Même si ces extrêmes variations de niveau pourraient aussi avoir des origines naturelles, elles se produisent à l’échelle géologique. Or, à l’échelle humaine les conséquences de cet assèchement (ou remplissage en fonction des époques) sont réelles et directes. La mutation radicale du biotope entraine la disparition d'espèces animales et végétales (pas seulement endémiques). Quand aux impatcs humains, ils sont de nature économiques et sociaux comme le rappelle l’ONU et S.E. Emomali Rakhmonov, Président de la République du Tadjiskistan également Président du Fonds international pour sauver la mer d'Aral ; mais ils sont aussi médicaux ainsi que le soulignent l’OMS et l’UNESCO. A cela, il s'ajoute encore la dimension géostratégique  et militaire. Il faut donc continuer à agir.

 
impacts sociaux economiques retrecissement mer aral

La découverte des variations importantes du niveau de la mer d’Aral au cours des siècles écoulés est capitale. Sa prise en compte permet aux chercheurs d’explorer de nouvelles pistes pour freiner l’assèchement et même, pourquoi pas, d’envisager rationnellement un inversement de tendance (ce qui était encore impensable il y a peu de temps).

 

Ceci est possible à condition de continuer à explorer ce territoire et ses mécanismes. On ne le rappellera jamais assez, les relations et dynamiques qui organisent et régissent le système-monde sont d’une immense complexité. L’oublier, c’est s’exposer à prendre des décisions au mieux inefficaces, au pire dont le résultat peut-être l’inverse du but recherché.


Quelques pistes de lectures :
ONU :
Mer d'Aral : Les pays de la région discutent de la gestion de l'eau
ONU : Assemblée générale AG/J/3358
ONU : Tribune libre / L'Année internationale de l'eau douce : un point de vue de l'Asie centrale / Par Son Excellence Emomali Rakhmonov
OMS : Les problèmes de santé en Europe
OMS : Plan sante europe
OMS : rapport 2007
UNESCO : Mer d'Aral : dépasser les gâchis du passé 
 

Par Stephane MAHAUD - Publié dans : observation - Communauté : Développement Durable
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 06:43

BEMGeo est une structure composée de géographes  qui réalise des études de terrain de  géomorphologie fluviale et quaternaire, géoarchéologie, pratique les Systèmes d’Information Géographique




Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est qu’une partie du site est consacrée à un blog où Bertrand Moulin et Guillaume Fantino décrivent et racontent leurs missions  sur différents terrains en France et à l’étranger.

Les coulisses d’un métier rare et méconnu oscillant entre Géotrouvetou et Indiana Jones, boue et bibliothèques, bureau et grand air, petits fours et chips-saucisson.

Etonnant et captivant.

Aller voir le blog !


Par Stephane MAHAUD - Publié dans : observation - Communauté : Histoire Géographie
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 09:09
Une carte est une représentation du monde. Le cartographe est donc un imposteur simplifiant le monde pour orienter un discours. Une carte politique représente les frontières et les capitales, rien de plus. Et une carte de la démographie s'en tient à représenter des densités de population. Et pourquoi ne pas pousser plus loin l'imposture jusqu'à l'invention d'un monde virtuel...
A partir des données du bureau de coordination pour les affaires humanitaires dans les territoires palestiniens occupés, Julien Boussac a imaginé une carte remplaçant Israël et les colonies juives par l'océan. Les terres émergées ne représente plus que le territoire palestinien de Cisjordanie.
Résultat, un archipel aux côtes découpées et aux myriades d'îlots isolés. Une imposture cartographique qui renvoie à un problème bien réel : La Palestine peut-elle vraiment devenir un Etat viable avec un tel émiettement de son territoire ?

Vous pouvez acheter cette carte sur le site du monde diplomatique :
http://boutique.monde-diplomatique.fr/boutique/fiche_produit.cfm?ref=PPA 

 
Par Guilhem Turgis - Publié dans : observation - Communauté : Histoire Géographie
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /Sep /2009 09:53

Plus de 25O km à pieds, du Puy en Velay à St Jean du Gard. Une randonnée ? Non. Une odyssée à travers les Cévennes, comme l'a chanté l'un de ses marcheurs illustre : Robert Louis Stevenson.

 

Source : http://www.chemin-stevenson.org/


Le sentier que suit Ie GR 70 est devenu une légende. Il nourrit des sentiments divers où se mêlent confusément respect, envie, excitation et crainte.

 

Le respect car lorsque I'on n'est pas un randonneur chevronné la distance et Ie temps nécessaires pour la parcourir provoquent le vertige : près de 250 km pour une douzaine de jours de marche ! La comparaison est rapidement faite : il faut environ deux heures d'autoroute pour franchir la même distance. En pleine civilisation de la voiture où règnent I'obsession de la vitesse et du confort, il y a de quoi être respectueux pour pareille performance. Mais de nos jours, prendre le temps est un luxe. Celui que nous offre le GR 70 a largement de quoi susciter I'envie. Il se présente sous la forme de longues journées durant lesquelles la vie s'écoule doucement, au fil des pas. Prendre le temps de traverser successivement les paysages sauvages et magnifiques du Velay, du Gévaudan de la Lozère est une perspective qui s'annonce à elle seule comme une puissante invitation au voyage. Il est excitant de penser que I'on va bousculer nos habitudes quotidiennes pour vivre des moments différents et intenses. C'est la porte de l'antichambre d'une aventure (certes modeste) qui s'entrouvre devant nous. Piment de I'excitation, se profile aussi la crainte. Celle justement de l'inconnu qui s'annonce, celle de la distance et de I'effort à accomplir. Serons nous à la hauteur ?

 

Le GR 70, tracé par des hommes, perpétué par l'histoire...

 

Une légende est un récit  fabuleux sur une donnée historique, si I'on se réfère à nos encyclopédistes. Elle naît d'un mélange entre des faits  exceptionnels et le temps qu'il faut  pour que leur histoire se répande et se  déforme jusqu'à prendre des allures  mystérieuses et grandioses. Tous les  ingrédients sont réunis dans cette  randonnée pour lui donner cette  dimension. Il s'agit du premier tronçon  du chemin de pèlerinage en direction de St Jacques de Compostelle. C'est  donc un chemin parcouru depuis des siècles par des milliers de voyageurs. Il porte en lui une puissante résonance mystique et sa célébrité s'étend par delà nos frontières. La ville de départ, le Puy en Velay, recèle des trésors d'architecture médiévale. Il suffit de  déambuler quelques heures dans les rues pour comprendre à quel point elle eut un passé riche et rayonna bien plus  loin que les terres alentour. Le nombre  d'échoppes voûtées qui donnent sur la  rue (dans un excellent état de conservation), les fontaines à l'angle des pâtés de maison la quantité et la  finesse des sculptures, les portes en bois ouvragé et bien sur les bâtiments religieux en témoignent. Ceux-ci sont nombreux, massifs, décorés avec  inventivité notamment grâce à l'utilisation de plusieurs types de  roches et sont évidemment installés sur les points dominants. On pense tout de suite à la vertigineuse chapelle d'Aiguilhe juchée sur son suc volcanique de 80 mètres de haut mais  aussi à la cathédrale dont la façade polychrome domine une rue que l'on gravit avec effort et humilité. Dans un  tel cadre, on se prend facilement à imaginer I'agitation qui a dû régner en  des temps révolus plusieurs siècles en arrière.

 

Le chemin, aux évidentes connotations religieuses, traverse des terres qui ont porté des hommes dont les cultes différents ont parfois conduit à des affrontements sanglants et cruels. Le passage au Pont de Montvert inspire le respect. Ce petit village aux  maisons en pierre de taille très soignées est niché en fond de vallée, le long du Tarn. Le pont principal est massif et solide, sa voûte surplombe la rivière d'une dizaine de mètres. On devine à le voir I'importance de son rôle pour le village et son architecture témoigne d'une volonté d'en faire un ouvrage qui dure face aux caprices du puissant Tam. Mais au Pont de Montvert (qui est en fait la réunion des paroisses de Grisac et de Frutgères), la gravité de I'histoire se fait aussi très bien sentir même après plusieurs siècles. En effet, ce village fut un lieu symbolique dans la guerre des Camisards opposant catholiques et protestants au début du XVIIIème siècle. La paroisse vit I'assassinat de l'abbé du Chayla, le 24 juillet 1702, persécuteur qui détenait des prisonniers protestants. Emmenée  notamment par Esprit Séguier la révolte fit plusieurs massacres dans la région. Esprit fut bientôt capturé par les troupes du capitaine Poul. Il sera jugé et exécuté au Pont de Montvert. Loin d'être endiguée, la rébellion,  devenue la guerre des Camisard durera deux ans.

Le village porte en lui le souvenir de ces faits tragiques. Il y a, dans ces habitations sévères installées le long d'une rivière capricieuse dans une vallée étroite bordée de versants abrupts, une idée de ténacité, de résistance coûte que coûte. Ce n'est pas à Pradelles que I'on dira le contraire. Une plaque commémorative célèbre I'acte de Jehanne la Verdette qui, au cours de la guerre de cent ans, fracassa le crâne du capitaine Chamband préservant la ville de l'occupation.

 

... court sur des terres anciennes..

 

Cette volonté d'exister, de durer, de clamer haut et fort son identité sont peut-être héritées des terres sur lesquelles vivent ces hommes. Leur âge est particulièrement vénérable. Nées des entrailles de la terre il y a plusieurs centaines de millions d'année, les roches qui portent les hommes d'aujourd'hui ont subi des températures et des pressions des milliers de fois supérieures à celles que nous subissons. Lentement façonnées par le temps et les forces telluriques elles sont parvenues à la surface où I'atmosphère s'est mise à les raboter. Bousculées par la tectonique elles ont aussi plongé sous la mer pour se napper de sédiments puis, à nouveau émergées, elles furent percées par les cheminées des forges de Vulcain : les volcans. C'est ainsi que l’on traverse les granites paléozoïques et les volcans de point chaud du Velay, les sédiments tertiaires de la haute Loire, les schistes et le gneiss de la Lozère sans oublier le granite du Moût Lozère, avant de voir se profiler au loin le calcaire des causses et la ligne de partage des eaux entre les bassins versants atlantiques et méditerranéens.

C'est un voyage dans le temps à l'échelle géologique. Au fil des pas la structure du sol se révèle parfois comme aux Sarpouleyres près du Puy en Velay où un panorama rappelle, si besoin en était, la nature volcanique de certains secteurs. Les dômes de lave pâteuse de plusieurs centaines de mètres de haut y côtoient les monticules de cendres et d'ejecta des cônes stromboliens. Ces édifices sont recouverts du drap sombre des conifères, ce qui accentue encore la rupture avec la plaine agricole à leurs pieds. Au Goudet, dans un méandre de la Loire, on découvre en descendant du plateau, que l'on marchait sur des orgues basaltiques de trois à quatre mètres de haut recouverts de quelques mètres de sédiments et de terre.

Le peuplement de ces pays est ancien comme en témoigne l'architecture, mais I'utilisation de roches locales contribue aussi à donner une impression de grand âge. La petite église du Monastier sur Gazeille est particulièrement embellie par la variété des roches utilisées et I'harmonie des volumes conçus par les architectes médiévaux. Les toits de lauzes en tas de charge soulignent l’aspect massif et augmentent le mimétisme des constructions humaines avec les chaos rocheux qui surgissent au coin des champs (à proximité de Finiels, par exemple). L'intégration de I'habitat au cadre naturel ambiant peut aller très loin comme en témoigne l'étonnant et magnifique gîte rural semi-troglodytique de Cassagnas. Il est installé sur un versant, dans la forêt adossé à la roche dénudée qu'il exploite comme des murs. Si bien que dans certaines pièces, on a du mal à savoir s'il s'agit d'une caverne ou d'une maison. Ajoutez à cela le panorama d'un point dominant et un accueil chaleureux, l'ensemble ne donne pas précisément envie de partir tôt Ie matin.

 

...où les paysages contribuent à lui donner son identité...

 

Chacun possède ses propres raisons de se lancer dans ce périple mais il s'en dégage une atmosphère qui réunit tous les marcheurs. Elle est due aux paysages rencontrés qui font son identité. C'est une alternance de vallées et de plateaux, de forêts et de landes ou terrains agricoles, d'horizons dégagés et de perspectives restreintes, d'ombres et de lumières, de montées de plats et de descentes. Le mont Lozère se présente à ce titre comme un pivot dans la randonnée.

Point culminant il est aussi l'épreuve difficile et fantomatique qui se rapproche au fil des pas. Puis vient le jour où on le gravit. Lentement. La végétation s'éclaircit peu à peu jusqu'à laisser place à la lande. Le sentier d'abord ombragé et escarpé, semble se mettre à courir, libéré et aérien sur ce sol léger et caoutchouteux de montagne. Il est jalonné par les montjoies, ces improbables pierres dressées bretonnantes de granit, qui le tracent en pointillé dans I'atmosphère vers l'horizon. Le chemin parcouru disparaît au loin derrière les croupes sylvestres des collines, tandis qu'il se découvre, vers le sud lumineux et inconnu.

 

La redescente débute comme à regrets.

 

La moitié de la distance est franchie et le sommet atteint, la randonnée semait-elle terminée? Non, heureusement le parc des Cévennes est bien trop riche pour se contenter d'être résumé à cette partie du voyage.

 

Le secteur de Chasserades à lui seul témoigne de cette variété. Après avoir traversé une forêt de bouleaux sur un sentier tortueux, s'ouvre un vertigineux point de vue car le chemin débouche sur un versant brutalement pelé et abrupt. Les roches noires tranchent avec le vert de la Lande. Après la traversée forestière intimiste aux relents mystiques, le cheminement aérien et exposé. La vallée s'offre soudainement aux regards et court disparaître derrière les reliefs. Un tel panorama vaut bien une pause. La roche foliacée qui se délite en grandes dalles offre des fauteuils de balcon tout à fait acceptables pour un moment de contemplation rêveuse.

 

La descente mène au fond de la vallée où l’on retrouve les sous-bois, le chemin quant à lui se fait plus large. Ca et là des traverses de bois s'extirpent du sol avant de disparaître à nouveau sur des dizaines de mètres comme happées par la terre du chemin. On serait tenté de donner un âge séculaire à cette voie ferrée désaffectée dont il ne reste que quelques pièces, éléments épars de la colonne vertébrale d'un gigantesque dinosaure mécanique. Pourtant il n'aura fallu qu'une cinquantaine d'années à la nature pour I'engloutir. Voilà qui donne à réfléchir sur I'orgueilleuse illusion de pérennité que nous donne notre civilisation technique.

 

La lumière joue avec les feuilles et atteint le sol par intermittence. De temps en temps, une trouée laisse entrevoir des perspectives qui dépassent le virage prochain. Le vert tendre et transparent de ces feuillages donne à la lumière des teintes émeraude aussi rafraîchissantes qu'apaisantes. L'automne venu, elles retentiront du brame du cerf, chant d'amour insistant du grand cervidé.

 

… et des allures de sentier initiatique,

 

Les pèlerins qui empruntaient ce chemin pour se rendre à Compostelle étaient pour la plupart en quête de rédemption. Quand à Stevenson, il fut poussé sur la route par son besoin d’apaiser la torture du temps que fait vivre un amour difficile et contrarié. Que venait-il y chercher sinon un peu de calme dans la tempête de ses sentiments, un peu de sérénité dans son esprit ? Il avait prit soin de mettre un pluriel à « voyage » dans le titre de ce qu'il appelait son «  petit livre ». En effectuant ce périple, il est facile d'en comprendre I'importance et la signification.

 

De la même façon que I'on traverse des paysages de plaines ou plateaux agricoles, les forêts sombres de la bête du Gévaudan où aérées et enchanteresse, de, la Lande aux genêts en fleurs lumineuses, des villages peuplés et dynamiques ou des hameaux retirés ; de la même façon que I'on peine dans les montées ou avance d'un bon pas sur les replats, que l'on s'empresse d'arriver avant la nuit ou s'arête à I'ombre d'un arbre ou sur un belvédère naturel, on traverse des sentiments divers au cours de cette randonnée et on en ressort différent. Cette odyssée homérique en miniature devient un périple intérieur avec ses moments de doute et d'inquiétude mais surtout de bonheur et de satisfaction. Celle au moins d'être arrivé au bout, celle au moins de se sentir vivre encore dans un monde toujours plus artificiel.

Par Stéphane MAHAUD - Publié dans : observation - Communauté : Randonnée
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Mercredi 5 août 2009 3 05 /08 /Août /2009 10:18

L'UPM, équivalent finlandais de l'ONF français, a conçu un site sur la forêt. Présentation des espèces, gestion de la forêt, enjeux, protection de la nature. Tous les thèmes tournant autour de la forêt sont abordés. L'intérêt particulier de ce site ? Son interface est simple, reposante, rafraîchissante. Pour oublier la canicule, rien de tel que scruter les sous-bois ombragé de ce trés beau site.

http://w3.upm-kymmene.com/upm/forestlife/index.html 

Les vidéos sont en anglais mais si on choisit dés le début le français, elles sont soustitrées.

Par Guilhem Turgis - Publié dans : observation - Communauté : Développement Durable
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Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 18:15

La transition démographique, tout le monde connait. Nos cours de géographie du lycée nous ont abreuvé de ce concept : d’une forte natalité et d’une forte mortalité, nous sommes passés, du fait de notre développement économique et des progrès médicaux concomitants, à une faible mortalité puis, après une évolution sociale, à une faible natalité. Entre le début et la fin de cette période, s’étale la fameuse transition, une période de faible mortalité et de forte natalité expliquant le boom démographique de l’humanité depuis le XIXe siècle. Et ensuite ? Le modèle présenté semble s’arrêter là. Comme si les pays développés étaient arrivé à un optimum servant de modèle aux autres, une fin en soi qui n’appelle pas de nouvelle dynamique. Et qu’y a-t-il après cette transition ? Une autre transition ? La question est importante puisque de la dynamique démographique à venir dépend notre société future.

Or, la Russie actuelle préfigure peut-être la dynamique à venir. Non pas que la société russe soit en avance sur les sociétés occidentales mais des singularités historiques et sociales font que la Russie abordent des éléments démographiques que nos sociétés affronteront dans 20 ou 30 ans, ce que montre le démographe russe Anatoli Vichnevski  de l’Institut de démographie de l’Université d’Etat dans un rapport de l’IFRI paru en juin 2009. Les démographes, bien plus sûrement que les auteurs de science-fiction, nous peignent à grand renfort de statistiques les grandes lignes d’un avenir possible.

 

La fameuse transition démographique passée, les pays industrialisés entament une nouvelle phase inédite de l’évolution de leur démographie. Avec son corolaire de problèmes et d’enjeux politiques économiques et sociaux (système de retraite et de santé, politiques volontaristes, immigration, …).

Dans cette première phase post-transition, la fécondité recule en-dessous du seuil de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme).

Cependant, la baisse de la mortalité, l’allongement de la durée de vie et l’immigration permettent la poursuite de l’accroissement de la population. Autre facteur qui va masquer un temps la dénatalité, le baby-boom d’après guerre créé  par ricochet une poussée de la natalité lorsque cette classe d’âge atteint l’âge de la procréation. Avec le temps, la portée de cet « accident » démographique va toutefois s’estomper du fait notamment du report du premier enfant à un âge de plus en plus avancé (en France : 23 ans en 1960, 28 ans aujourd’hui. Voir les statistiques) :
Ainsi, nous profitons encore aujourd’hui d’une inertie héritée du temps de la forte croissance démographique : cet accroissement se poursuit car d’une part, la classe des enfants des baby-boomers (donc également nombreux) sont en âge de procréer, et d’autre part, l’allongement de l’espérance de vie repousse la fin des classes les plus âgées. C’est pourquoi même si le niveau de fécondité est en deçà du renouvellement des générations, notre population augmente.


S
ource : Wikipedia - lien vers les données listées par pays 

Fécondité représentée par pays, c'est à dire nombre d'enfants par femme. Bien que le choix du code couleur est des plus douteux, nous distingons nettement les pays sous-développés et plus encore l'Afrique. En Europe, l'opposition entre l'est et l'ouest est également visible.

 

Mais cela ne dure qu’un temps, et dans une deuxième phase, lorsque l’allongement de la durée de vie atteindra une valeur plafond et que la génération issue du baby-boom s’éteindra, elle ne sera pas contrebalancée par les naissances et le pays amorcera une baisse de la démographie. D’autant que l’allongement de la durée de vie va tôt ou tard atteindre un seuil biologique. C’est une phase critique : la population décroit, la population âgée est un poids pour la population active moins nombreuse, tandis que la natalité décroît puisque le nombre de personnes en âge de procréer est proportionnellement moindre.

Troisième phase : après le départ des classes d’âge issues du baby-boom d’après guerre, la situation démographique se rééquilibre : la population totale a diminué mais la proportion des classes d’âge actives augmente fortement : moins de personnes âgées et toujours peu de jeunes de moins de 18 ans, puisqu’il y avait moins de naissances dans la phase précédente.

Voilà pour la théorie. Il faut maintenant fortement nuancé d’un pays à un autre : les Etats-Unis ont toujours un taux de natalité au-dessus du renouvellement des générations et sont donc moins concernés par cette « nouvelle transition ». Les politiques ou traditions natalistes de la France (1,98 enfants par femme en 2006), du Royaume-Uni (1,85), du Danemark (1,85) ou de l’Irlande  (1,88) leur permettent de garder un taux proche du renouvellement des générations. D’autres comme l’Allemagne (1,34), l’Espagne (1,36), l’Italie (1,35), la Pologne (1,27), la Roumanie (1,31), la Russie (1,3) sont dans des situations plus préoccupantes. Voir les statistiques.

 

Ainsi, certains sont dans la première phase et poursuivent leur expansion démographique (Europe de l’ouest sauf l’Allemagne), d’autres sont dans la deuxième phase : la mortalité est désormais supérieure à la natalité en Allemagne et dans les pays d’Europe de l’Est et le solde négatif n’est pas compensé par l’immigration. Certains pays de l’est, la Pologne et les pays Baltes cumulent même déficit naturel et émigration vers l’ouest de leur population. (voir statistiques de l’INED)

 

De fait les pays les plus touchés par la crise démographique ne sont pas les plus développés mais sont les pays de l’ancien bloc communiste.  Plusieurs facteurs l’expliquent, comme le détaille Anatoli Vichnevski.

Premièrement, la fécondité a très tôt diminué et au milieu des années 60, elle est passée sous le seuil de renouvellement. La crise des années 90 a aggravé le phénomène. Elle remonte depuis 2000 mais sans toutefois dépasser le seuil de 1,5 enfant par femme. A cette précocité de la faiblesse de la natalité en Russie mais également dans les autres pays du bloc de l’Est, on peut avancer plusieurs pistes : absence d’une politique nataliste véritablement incitative et quasi absence de mouvements migratoires.

 

Source : NTDTV

Journal d’information en anglais du 10 mars 2008 : un exemple de problème causé par l’alcool en Russie. 

 

Deuxièmement, la mortalité est élevée avec une surmortalité masculine marquée : un homme sur trois meurt entre 20 et 60 ans ! Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène dont certains propres à la Russie. Un premier facteur tient à la société russe. Des années 40 jusque dans les années 60, la mortalité recule et l’espérance de vie progresse dans les mêmes proportions que les pays occidentaux. Cette progression s’explique par les progrès de la médecine et leurs diffusions, ce que les spécialistes appellent la transition épidémiologique : vaccinations, généralisation des médicaments, infrastructures. Puis la courbe décroche et suit une pente déclinante (surtout chez les hommes) jusque dans les années 80 alors que les pays occidentaux poursuivent leur lancée. C’est que le gain en espérance de vie de ces derniers ne se fait plus sur les progrès de la science à partir des années 70 mais sur l’amélioration des comportements individuels : des campagnes contre le tabac, l’alcool, la malnutrition (et réduire ainsi les risques de cancers et de maladies cardio-vasculaires), les accidents de la route responsabilisent l’individu en lui faisant prendre conscience des conséquences de ses actes sur sa santé.

Or dans la société soviétique très scientiste, la santé est l’affaire des biologistes et des médecins. Il n’y a pas de place pour l’individu. Lorsqu’en 1985 une campagne anti-alcool est lancée, elle a immédiatement un impact : l’espérance de vie gagne environ 3 ans en l’espace de 2 ans. Mais l’effort n’est pas poursuivit et la crise des années 90 empire les ravages de l’alcoolisme. D’autre part, la population habituée à tout recevoir de l’Etat n’adapte pas son comportement lorsque celui-ci fait défaut.

De plus la politique en matière de santé suit une logique malthusienne : chaque année supplémentaire gagnée coûte chère. Or les dépenses publiques de santé ne représentent que 3,8% du PIB en Russie, contre 15,3% aux Etats-Unis par exemple.

Résultat, l’espérance de vie à la naissance est de 75 ans chez les hommes et 82 ans chez les femmes, en France. Respectivement 75 ans et 81 en Allemagne, 76 et 81 aux Pays-Bas, 70 et 78 en Pologne et  … 61 et 73 en Russie.

Godet croissance démographie et éducation
envoyé par ohersent.

Interview de Michel Godet, économiste, est professeur au Conservatoire national des arts et métiers, titulaire de la chaire de prospective stratégique. Il nous rappelle les enjeux économiques de la démographie dans le cas de la France.

 

Au final, la Russie est le premier pays à rentrer dans cette 3e phase démographique. Alors que la population française a progressé de 45,46 millions d’habitants en 1960 à 56,57 en 1990 puis 61,5 en 2007, elle a progressé en Russie de 119 millions en 1960 à 147,66 millions en 1990 pour reculer à 142,22 millions en 2007 (source INED).

Après une période de baisse de la population, cette perte se réduit tandis que la structure démographique de la Russie redevient favorable : Les moins de 18 ans sont peu nombreux, car nés début des années 90 dans le pire moment de la crise démographique. Et les plus de 60 ans sont peu nombreux également du fait de la surmortalité. Du coup, la part de la population active est très élevée, ce qui offre un avantage apparent à la Russie par rapport au coût des inactifs auxquels font face les pays occidentaux (en 1993, il y avait 771 inactifs pour 1000 actifs. En 2006, ils ne sont plus que 580 pour 1000). Et les responsables Russes pensent qu’une démarche nataliste incitative avec des primes pour le deuxième enfant relancera les naissances tandis que dans le même temps le troisième âge n’est pas un fardeau pour la société.

Pourtant, ce raisonnement est en trompe l’œil car il facile de se confiner à des chiffres instantanés comme le nombre d’enfants par femme une année donnée. En fait, l’appréciation du renouvellement d’une génération se fait une fois que toutes les femmes d’une même classe d’âge sont ménopausées et que l’on peut calculer à posteriori combien d’enfants elles ont engendrés. C’est donc sur un rythme long que se conçoit les variations de la population. Une politique incitative avec des primes augmentent les naissances. Mais des études ont montré que les femmes qui donnent naissance à ces enfants ont précipité la procréation. Par exemple, au lieu de le faire à 25 ans, elles le feront à 22 ans pour toucher la prime. Du coup, plusieurs classes d’âge se retrouvent simultanément à produire un pic de naissances, ce qui gonfle les statistiques. C’est ce qui se passe depuis le début de cette année en Russie. Mais une fois ces naissances lissées sur l’ensemble de la courbe de la descendance finale, cette augmentation est nettement plus faible. Et lissé sur l’ensemble de la population russe, le phénomène est encore plus dérisoire puisque les générations actuelles en âge de procréer sont peu nombreuses au sein de la population russe.

La Russie rentre ainsi dans une autre étape de sa démographie : les enfants nés dans les années 90 étaient peu nombreux ce qui du coup contribuaient à alléger le poids sur les actifs. Mais ils commencent à rentrer dans la tranche de la population en âge de procréer. Donc à fécondité égale, le nombre de naissances va baisser. Tandis qu’une nouvelle tranche de population, celle nombreuse, née après-guerre va peu à peu disparaître, et plutôt rapidement compte tenu de la mortalité russe. Nous avons donc ici un mouvement de fond, une dynamique à l’œuvre qui ne peut être contre carrer que par une politique de longue haleine, une vrai course de fond.

Le vrai enjeu de la démographie est double : changer les conditions socio-économiques qui ne sont pas favorable à la natalité. Et réduire la mortalité. Et les politiques actuelles n’abordent pas en profondeur le problème et selon Anatoli Vichnevski, la population russe continuera structurellement à décroître.

 voir article du Monde 

 

 


 

Source : UNDP Russia (Programme de l’ONU pour le développement)

Reportage en anglais sur l’effet de la prime proposée par le gouvernement pour soutenir la démographie : 10000 dollars pour le deuxième enfant. Elle a un effet immédiat sur la hausse des naissances met ne contrebalancera pas la structure démographique défavorable.

 

La situation de la Russie n’est pas comparable à la nôtre sur bien des points… et pourtant, je vais m’y risquer. Les problèmes de la Russie ont précipité une évolution démographique. Dans nos contrées, l’espérance de vie est élevée certes. Mais toujours pas au point d’être immortel. Et nous rentrerons tôt ou tard dans cette phase de baisse de la population par le simple fait que la génération des baby boomer d’après guerre sont plus nombreux que ce que les générations en âge d’avoir des enfants peuvent espérer procréer. Dit plus simplement, il y aura fatalement plus de décès que de naissances. Cependant, personne n’a dicté que ces phases par lesquelles sont passées la Russie sont inéluctables et prédéterminées. La remontée tendancielle (et non pas ponctuelle) des naissances dans les pays de l’ouest et les progrès continus de la médecine sont des signes encourageants qui permettront le moment venu d’ « encaisser » le choc lors du retournement. A ceci prêt que cette génération nombreuse ne sera pas encore active lorsque cela se produira. Les actifs vont devoir supporter un choc financier important durant cette période : une jeunesse relativement nombreuse, et de nombreux retraités en fin de vie.

http://www.cepremap.ens.fr/depot/opus/OPUS15.pdf

Rappelons qu’en moyenne,  nous dépensons plus en santé la dernière année de notre vie que les années précédentes. Cela va forcément s’en ressentir dans le coût économique et social. Une porte de sortie ? Mais bien sûr : l’immigration. Des personnes directement actives financent le système. Mais la France sauvée par les immigrés est une idée choquante pour une large partie de la population dans un contexte de crise et de chômage de masse. Malheureusement, les démographes et les économistes décrivent un même monde mais pas aux mêmes échelles. Et tant qu’il manque des barreaux à l’échelle, leurs conclusions ne se rejoindront qu’au moment du précipice.

Par Guilhem Turgis - Publié dans : observation - Communauté : Histoire Géographie
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Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /Juil /2009 09:40

En cette période estivale, le tourisme occupe une place de choix dans les occupations, les conversations, les médias. Il est une partie intégrante de notre société occidentale. En conséquence, il est un objet d’étude de nombreuses disciplines : sociologie, histoire et bien sûr géographie. Et au sein du tourisme, le voyage occupe une place à part. Besoin de se ressourcer, quête de racines, découverte d’autres cultures, confrontation à un imaginaire, les raisons peuvent être différentes et complexes mais  au bout du chemin se rejoue le même scénario, la rencontre. Tous ceux qui ont voyagé se reconnaitront. Elle peut être amicale, empreinte de curiosité, décevante parce que sa perception du réel n’est pas à la hauteur de l’imaginaire, enivrante, décalée. Ou encore absente quand deux mondes se côtoient mais ne se regardent pas.



Source : Jörg Brüggmann - http://www.joergbrueggemann.com/

Ce thème mériterait un long article vu la richesse des aspects abordés (à ce propos, intéressant compte-rendu d'un café géographique) mais je me contenterais de vous proposer un lien vers le site d’un photographe allemand, Jörg Brüggmann. Plutôt que de photographier des paysages ou des habitants de pays visités, il a incorporé les touristes occidentaux dans son objectif. De fait nous ne sommes plus de simples regards extérieurs portés sur des contrées lointaines mais des individus parmi d’autres individus, contrastant maladroitement dans un univers que nous ne maîtrisons pas. Une fois de plus, la puissance de la photographie nous met à nu.

Source : Jörg Brüggmann - http://www.joergbrueggemann.com/

Par Guilhem Turgis - Publié dans : observation
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Lundi 13 juillet 2009 1 13 /07 /Juil /2009 00:08

Au sud de Saint Martin de Crau, à l’ouest de Lamanon, non loin des rives de la méditerranée, le soleil rayonne une fois encore sur la steppe aride de la Crau. Cette vaste plaine désertique offre au regard des perspectives où l’appréciation des distances est aussi incertaine que la surface est plane. Le sol est jonché d’innombrables galets desquels émerge une végétation miraculeuse et ascétique. Au loin, mais est-ce si loin ? une bergerie se découpe à l’horizon et un troupeau de moutons paisse le thym odorant avec application sous les regards croisés du berger et de son chien.



La Crau, un berger et son troupeau (photo Regard de Géographe ©)




Carte de la Crau (source Wikimedia Commons)


LA CRAU ET L’ELEVAGE OVIN

 

Sur cette terre dont la morphologie est héritée des temps anciens, on retrouve des traces de pastoralisme massif dès le 1er siècle de notre ère (certains auteurs remontent même à 3000 ans avant JC). En effet, une centaine de bergeries ont déjà été répertoriées sur une superficie de 10000 Ha. Elles témoignent de la vivacité de la pratique de l’élevage durant l’antiquité.

 

Les bâtiments sont construits selon un plan allongé et dotés d’une pointe orientée en direction du NW, c’est-à-dire dans le lit du mistral. On retrouve en Camargue cette stratégie qui consiste à positionner le bâti de façon à offrir le moins de résistance au vent dominant.

 

Regroupées par deux ou trois autour des puits, les bergeries pouvaient accueillir jusqu’à 900 moutons, d’ailleurs, certaines d’entre elles comportent des enclos et des fours. Autre preuve de l’intensité de la pratique de l’élevage, les diverses estimations que l’on peut trouver en parcourant les auteurs s’accordent sur le nombre de 100000 moutons qui ont pu paître dans cette steppe.


Plan du secteur du « Petit Abondoux » : bergeries, annexe, puits et four (d’après Badan, Brun et CONGES, 1995, Fig 20, cité in M. LEGUILLOUX)



Plan type d’une bergerie : Négreiron-Négrès 6 (d’après Badan, Brun et Congès, 1995, fig 6, cité in M. LEGUILLOUX)


Les auteurs antiques comme Varron, Strabon ou Pline l’ancien évoquent à la fois des troupeaux domestiques de petite taille qui sont sédentaires mais aussi « d’immenses troupeaux » pratiquant la transhumance, évalués à plusieurs dizaines de milliers de bêtes.

 

Le tandem matières premières / transformation fonctionne parfaitement dans la région. En effet, on trouve à l’époque de nombreux ateliers situés à Arles et dans ses environs. Ils étaient destinés au façonnage de divers types de draps. Cette activité avait de telles retombées économiques que les éleveurs préféraient se tourner vers la production de laine où la gestion des troupeaux est pourtant bien plus lourde que celle dont la vocation est l’abattage.

 

Sur les coussouls (terres incultes), il reste encore quelques traces de ces bergeries anciennes comme gravées dans le sol.




Vestige d’un mur de bergerie romaine (photo Regard de Géographe ©)


Cette activité durera plusieurs siècles puis, peu à peu, son ampleur ira décroissant avec le développement d’autres axes économiques. Cette persistance s’explique par une typologie marquée de l’espace.

 

 

HYDROMORPHOLOGIE

 

En effet, la vaste plaine de la Crau est comprise entre les Alpines au nord et les collines qui bordent l’étang de Berre à l’Est. Elle s’abaisse progressivement du NE au SW, de Lamanon au bord de la camargue.


Carte extraite de H. BAULIG (2), page 501


La formation de cette steppe aride est datée du quaternaire (Villafranchien ou Riss selon les auteurs (de -2 Ma à -100000 ans). La surface est jonchée de galets roulés dont la taille décroit progressivement du NW au SE. Portés et emportés par la Durance, ils témoignent de la lithologie de son bassin versant : ophiolites, grès rouges, calcaires, quartztites, … importations en provenance des Alpes vers le pays méditerranéen.


 


Source : http://freesvt.free.fr


Source : http://www.geol-alp.com


Les espèces steppiques des coussouls sont habituellement dominées par Brachypodium retusum (Brachypode rameux), Aita cupaniana (Canche de Cupani), Stepa capillata (stipe voile de mariée), Thymus Vulgaris (thym commun) , …et s’accommodent sans problèmes de la présence des galets. D’ailleurs certaines d’entre elles en profitent pour plonger les racines sous leur ombre humide et fraîche.





(photos © Regard de Géographe)


La Crau est donc née des divagations de la Durance dont le débit, le cours et la composition chimique ont varié au cours des ères géologiques au gré des glaciations du Riss et le de leurs variations.

 

La paléo vallée de la Crau a été oblitérée par le remblaiement quaternaire. On distingue en fait deux régions :

Ø      Le NW, composé essentiellement d’alluvions rhodaniennes. Il serait la pointe orientale d’un delta du Rhône au Villafranchien (fin tertiaire, début quaternaire, environ 2 Millions d’années).

Ø      A l’est d’Eyguières, en revanche,  la plaine de la Crau est située dans un ancien lit de la Durance, un cône alluvial construit à l’époque où elle passait par le « pertuis » de Lamanon et se jetait directement dans la mer ou rejoignait le Rhône au sud du rivage actuel. Rivière alluvionnante, elle a divagué sur son cône jusqu’à façonner celui que l’on peut observer actuellement et prendre le cours que nous lui connaissons.

 

Cet espace est intimement lié à l’eau, pourtant la végétation qui l’a colonisée témoigne d’une aridité et non pas d’une abondance hydrique. C’est que cette végétation calcicole pousse sur un sol qui repose sur un substratum particulier.




Photo © Regard de Géographe


En effet, sous la surface, se trouve un béton extrêmement dur et généralement imperméable : un poudingue constitué de galets concrétionnés par un ciment calcaire. Cette croûte dont la profondeur varie de 30 cm à 3 mètres se trouve non seulement sous la Crau mais aussi au-delà puisqu’elle plonge sous la Camargue.



Poudingue de Crau (source via-aurelia.net)



Une coupe schématique du sous-sol de la Crau montre donc une superposition de trois grandes couches :

Ø      la surface, constituée d’un amoncellement de galets roulés et de terre calcaire

Ø      la croûte de poudingue imperméable

Ø      une épaisseur variable de galets libres alternant avec des bancs de sables

 

UNE STEPPE ARIDE AU DESSUS DE NAPPES PHREATIQUES ABONDANTES

 

Le paradoxe est que, si la Crau est aride en surface, ce n’est pas le cas dans son sous-sol. En effet, la présence d’eau sous la croute de poudingue est connue depuis longtemps et a fait l’objet de recherches plus poussées à partir des années 30.



Photo © Regard de Géographe


Répelin a montré qu’il existe essentiellement deux talwegs souterrains et Porchet en a dressé une carte schématique :



Réseau hydrographique souterrain de la Crau (source : P. Georges)


Lorsque l’eau affleure, la salinité augmente, inversement lorsqu’on la retrouve à 10 ou 20 mètres de profondeur, elle redevient pure et courante. Pierre Georges en 1931 parle même de véritables canaux souterrains, d’ailleurs les hydrologues ont hésité entre les expressions « nappe » et « fleuve ».

 

Beccat évoque quant à lui « une foule de chenaux anastomosés », il emploie le terme « fleuve » pour décrire ce réseau car le courant est « fort dans certaines branches (souvent, il est assez puissant pour entrainer des cailloux et les sables et creuser une cavité qui s’allonge peu à peu en galerie dans la direction bien marquée  d’où vient le courant) ». Enfin, P. Georges qualifie la Crau de delta souterrain.

 

Cette eau vient de la Durance et ne subit que peu les influences locales comme la pluie par exemple. La composition chimique présente les mêmes caractéristiques que celles des eaux duranciennes.

 

La présence des ces eaux souterraines abondantes mais aussi celle d’un grand fleuve comme le Rhône à proximité d’une vaste plaine aride fait forcément travailler l’imagination humaine et éveille les convoitises.

 

A travers les millénaires, la Crau va donc subir plusieurs types de colonisations, aménagements ou mises en valeur selon les époques et les évolutions scientifiques, techniques, politiques, économiques et mêmes idéologiques de la société.

 

Certaines seront couronnées de succès et marqueront durablement la Crau, d’autres se révèleront des échecs parfois retentissants. Le premier et principal thème de ces tentatives concerne bien sûr l’agriculture.


LA CRAU ET L’AGRICULTURE

 

Ernest Bénévent écrit en 1930 « Jusqu’au XVI ième siècle la grande plaine caillouteuse de la Crau  n’était qu’une maigre steppe où le mouton broutait entre les pierres, en hiver et au printemps, une herbe courte mais savoureuse, en attendant que la sécheresse de l’été l’obligeât à s’acheminer à petite étapes sur les routes de la transhumance des alpes. […] La Crau abandonnée est devenue au cours des millénaires  cette steppe désolée et silencieuse que l’homme s’efforce d’arracher à son destin. »

 

L'idée selon laquelle l'homme peut (et doit) faire évoluer l'environnement à son profit n’est pas nouvelle car dès 1881 la « compagnie agricole du desséchement des marais de Fos et du colmatage de la Crau » a planté des praires. On peut aussi parler de la construction du canal de Craponne au XVI ième siècle et celle du canal des alpines au XVIII ième siècle ont permis le développement de l’olivier et de la vigne.

Après défoncement du poudingue, des haies de cyprès et de thuyas ont été plantées entre lesquelles poussent des arbres fruitiers.





Réseau hydrographique et canaux aux environs d’Arles (source CEMAGREF)




Photo n°3 : Plaine de la Crau et haies brise vent (photo Regard de Géographe ©)

 

Afin de continuer cette colonisation agricole sur la partie de la Crau restante dite Crau sèche, il faut irriguer. Chez les spécialistes deux théories s’affrontent pour déterminer si l’irrigation de la Crau doit se faire en pompant dans les riches nappes souterraines (débit total évalué de 5 à 9 m cubes/s selon certains auteurs) ou bien utiliser une partie des eaux du Rhône en les détournant.

 

Mais il ne suffit pas d’arroser la Crau pour la rendre cultivable, il faut aussi l’épierrer. Pour cette opération, les évaluations vont de 150 à 300 m cubes/ha de galets à retirer. De plus, on pense qu’il faut ajouter de nombreux engrais (phosphate, nitrate et potasse) pour donner une vraie fertilité au sol.

 

Avec le début de la seconde guerre mondiale, cette colonisation agricole va même devenir un enjeu national, un symbole fort de la politique du gouvernement de Vichy ainsi que le lieu d’une bataille homérique entre le Génie Rural et la Compagnie Nationale du Rhône (CNR).

 

Ainsi, dans une lettre au Ministre de l’Agriculture de Vichy (28 avril 1944), J. Aubert explique que la CNR organise depuis 1940 le développement agricole de la Crau afin « d’installer en Crau des populations déracinées par les circonstances ». Cette démarche est d’autant plus importante pour Vichy qu’elle représente la concrétisation de son idéologie qui vante les vertus paysannes : « la terre, elle, ne ment pas ».


Certes, la loi-programme de 1921 qui définit les missions de la CNR met au même plan la navigation, l’hydroélectricité et l’agriculture mais la compagnie n’a jamais réalisé véritablement de projet agricole jusqu’alors. C’est pourquoi cette mission qui lui a été confiée la met dans l’embarras, d’autant plus qu’elle doit affronter le Génie Rural, très mécontent d’avoir été dépossédé de l’opération.

 

Non seulement cette tentative se soldera par un échec mais les tensions entre la CNR et le Génie Rural ne s’apaiseront pas avant 1962. D’ailleurs, de la seconde guerre mondiale, la Crau gardera d’autres stigmates. L’armée allemande craignait que les alliés profitent de sa planéité pour la transformer en aire d’atterrissage. Ils ont donc fait construire des empilements de galets à intervalles réguliers par les prisonniers afin de créer des obstacles.




(photo Regard de Géographe ©)

 

Sur la photo aérienne ci-dessous, on distingue très bien l’impact des bombardements mais aussi les tas de galets qui apparaissent comme des tâches claires.



Source : googlemap.

 

   

LES AFFLUX DE POPULATION

 

La Crau va devenir le théâtre d’afflux de population qui ambitionnent d’en faire le support de leur activité agricole. On peut évoquer l’arrivée des melonniers qui ont quitté cavaillon en 1965 lorsqu’un champignon dévastait leurs récoltes. Ils épierrent, défoncent le poudingue et installent des serres dont on distingue encore les traces aujourd’hui.




Traces des serres installées par les melonniers venus de Cavaillon. Les agriculteurs entassent le long des toiles de plastique les galets qu’ils retirent de leurs cultures ce qui explique les alignements. On distingue aussi nettement la différence entre la steppe originelle et les zones qui ont été cultivées, maintenant colonisées par les graminées. (photo Regard de Géographe ©)




Ces installations ne seront abandonnées que dans les années 80 avec l’apparition de variétés plus précoces.

 

Mais l’industrie aussi provoque des flux migratoires. Le développement du complexe industriel de Fos et notamment la Solmer attire plus de 20 000 personnes de la France entière, et surtout de la Lorraine. Cette fois la relation avec la Crau n’a pas la même vocation que celle des cravencs (habitants de la Crau).

 

En Lorraine, les ouvriers habitent à proximité de leur lieu de travail (10 minutes), en coté d’habitat collectif avec un tissu social marqué auquel ils sont attachés. Ces pratiques changent lors de l’émigration vers le sud. Les cités construites pour eux par la Solmer se révèlent uniquement être un tremplin vers un autre mode de vie.

 

Certes, la piètre qualité des constructions y est pour beaucoup mais ce n’est pas le seul moteur. En venant s’installer, c’est bien un changement de mode de vie que les ouvriers sont venus chercher. Ils n’hésitent plus à s'éloigner et faire 30 minutes de route pour se rendre à l’usine. Ils emménagent à Istres, Entressen, Saint Martin de Crau et dans les communes avoisinantes. Ils créent une rupture nouvelle entre leur vie professionnelle et personnelle. Ils se diffusent et s’intègrent socialement dans les localités.



Lieu de résidences des salariés de la Solmer (1982), (source : Au fil de la lignée n°2)

 

Posséder une maison est devenu une référence centrale pour la famille. Ceci provoque des conflits d’usage en appliquant une pression nouvelle sur la terre. Elle devient objet de convoitise pour les constructions et entraîne des dissensions chez les agriculteurs. Ceux qui veulent maintenir leur activité se plaignent de la réduction de surface disponible, ce qui complique aussi la construction des canaux d’irrigation.

 

Colonisations agricoles multiples, complexes sidérurgiques et chimiques, décharges, usines et dépôts de munitions, bases militaires, carrières, routes, voies ferrées, aéroport ont grignoté la Crau dont il ne reste que 11500 ha au centre de la plaine.

 

LE RETOUR A LA « NATURE »

 

Cette surface relictuelle est devenue le lieu d’autres enjeux. Les éleveurs et agriculteurs ont finalement trouvé des alliés chez les nouveaux venus car l’ère post-industrielle a vu le développement de la dimension culturelle, éthique et environnementale comme un nouveau facteur prégnant de la vie économique.

 

Un besoin d’enracinement et d’identité conjugués à un intérêt écologique motivé par l’alimentation et la santé ont provoqué un regain d’intérêt pour le monde rural. Les musées locaux, maisons de pays, fêtes à l’ancienne remportent un réel succès.


On sacralise même certaines pratiques en créant par exemple les fêtes publiques de la transhumance (instaurées en 1991).

 

Il s'agit d'une véritable procession qui fait le tour de la ville précédée de danseurs et tambouriniers. Or, ces départs n’ont, jusqu'alors, jamais fait l’objet d’une extériorisation quelconque, d’autant plus qu’il y a bien longtemps que l’essentiel du trajet se fait en camion et voie ferrée.

 

S’appuyant sur ce mouvement de fond, écologistes, sympathisants, agriculteurs et éleveurs ont trouvé un intérêt commun qui consiste a défendre ce qu’il reste de la Crau sèche. Ils articulent leurs discours autour d’une identité forte :

 

> Production du seul foin labellisé AOC (près de 400000 tonnes/an)


Source :http://www.foindecrau.com

 

> Territoire du Mérinos d’Arles, race mise au point au XVIII ième siècle (particulièrement adapté à la transhumance alpine).



Les moutons (race Mérinos) se regroupent le long de la bergerie et mettent leur tête sous le corps de leurs voisins pour se protéger de la chaleur. (photo Regard de Géographe ©)

 

> Espèces animales à protéger comme le Criquet de Crau, faucon Crécerellette


Sur le toit de cette bergerie ont été aménagés des nids artificiels pour proposer un accueil au Faucon Crecerelette. (photo Regard de Géographe ©)

 

Mais les protecteurs de la Crau s’appuient aussi sur sa fragilité. Il s’agit d’un territoire façonné par 2000 ans de pastoralisme, toute modification de son utilisation déséquilibre l'écosystème de façon durable. Même 35 ans après l’abandon de certaines cultures, on y observe toujours une richesse floristique nettement inférieure à celle des coussouls.



Source : Thierry Dutoit, Estelle Forey, Christine Römermann, Elise Buisson, Sylvain Fadda, Arne Saatkamp, Pauline Gaignard et Elise Trivelly




Une friche melonnière et la steppe séparées par les restes d’une haie. (photo Regard de Géographe ©)

 

Aussi la Crau sèche a été classée zone Natura 2000 avec 2 objectifs :

  • Maintenir l’agriculture traditionnelle (foin et élevage)
  • Maintenir la ressource en eau (qualitatif et quantitatif)



Source : Direction départementale de l’agriculture et de la forêt des Bouches-du-Rhône

 

De plus, la directive habitats a défini les prairies centrales de la Crau comme un habitat d’intérêt communautaire prioritaire. « Renforcer le pâturage par des interventions manuelles et /ou mécaniques sur les strates herbacées, arbustives et/ou arborées afin de maintenir un équilibre entre couvetrs herbacés (pelouses, landes) et arborés, permettent de maintenir l’accessibilité des animaux au pâturage sur les surfaces concernées ».



Au premier plan, la steppe, au second plan le reste des friches melonnièrescolonisées par les graminées. Sur la gauche, les marges de la steppe : les franges de couvert arboré qui annoncent la conquète des arbres. (photo Regard de Géographe ©)

 

 

Tendance encore plus marquée, certains auteurs ne demandent pas uniquement la préservation mais aussi la restauration ce qui pose d’évidents problèmes techniques et éthiques.




Au sud de Saint Martin de Crau, à l’ouest de Lamanon, non loin des rives de la méditerranée, une gigantesque dalle de béton naturel sépare des fleuves souterrains d'un désert aride en surface. Un immense banc de galets laissé là par des rivières parties divaguer plus au nord.  

Cette vaste plaine formée il y a plusieurs centaines milliers d’années a été le théâtre de multiples enjeux du développement humain. Mais de toutes les tentatives de colonisation, les 2000 ans de pastoralisme ont été déterminants. Ils ont façonné le biotope et marqué d’une empreinte forte son image et la vocation de ce territoire aujourd'hui protégé. 
Au sud de Saint Martin de Crau, à l’ouest de Lamanon, non loin des rives de la méditerranée, le soleil rayonne une fois encore sur la dernière steppe aride d’Europe : la Crau.

 

 

 

Eléments bibliographiques :

 

BAILIG H., 1927, La Crau et la glaciation Würmienne, Annales de géographie, Volume 36, Numéro 204, pp. 499 – 508

 

BAULIG H., 1927, La Crau et la glaciation Würmienne, Annales de Géographie, volume 36, N° 204, pp 499-508

 

BENEVENT E., 1931, Les eaux souterraines de la Crau, Annales de géographie, Volume 40, Numéro 223, pp. 80 – 84

 

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Par Stéphane MAHAUD - Publié dans : observation - Communauté : Histoire Géographie
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /Juin /2009 21:29

Un petit focus sur des documents produits par la FEMA (Federal Emergnecy Management Agency) aux Etats-Unis qui concernent le comportement à tenir face aux catastrophes (notamment) naturelles. Les éléments cités en exemple dans cet article parlent particulièrement des tornades (c’est la saison outre-atlantique). Documents à lire absolument, très intéressant.

LE CADRE :

Les tornades sont des phénomènes météorologiques qui se produisent régulièrement en divers secteurs de la planète. Elles frappent l'imaginaire par la brutalité de leurs apparitions, les dégâts qu'elles provoquent et engendrent un sentiment d'impuissance. Leur forme tubulaire qui oscille capricieusement à l'horizon leur donne pourtant une allure fragile et éphémère.


 

Ces tourbillons sont mobiles et se déplacent souvent du sud ouest au nord est à une vitesse moyenne de 50 km/h mais certaines atteignent 100 km/h. Les vents peuvent souffler à 500 km/h et la pression s'effondre jusqu'a atteindre parfois la valeur de celle qui règne à 13000 mètres d'altitude.

TORNADO ALLEY :

 

Les éléments qui suivent sont issus de “Taking Shelter from the Storm : Buiding a Safe Room For Your Home or Small Business

 

Si elles apparaissent en plusieurs endroits dans le monde (Australie, Japon, Bengladesh, Europe de l'ouest par exemple), il en est un où leur fréquence a conduit à le surnommer "Tornado Alley". Il s'agit, aux, Etats-Unis, du Nord Texas, de l'Oklahoma, du Kensas et de certaines parties du Nebraska et du Missouri, la Lousiane, le Mississipi et le Tenessee. Elle correspond globalement en fait à la basse vallée du Mississipi, un des plus grands fleuves du monde et axe économique majeur des Etats-Unis.






Les tornades sont donc associées à des vents très violents et de faibles pressions atmosphériques. Si elles mobilisent une grande quantité d'énergie, elles en consomment beaucoup moins qu'un ouragan, selon le Dr Joe Schaefer (directeur du NOAA/NWS Storm Prediction Center) : une tornade moyenne totalise 10 000 KW/h, tandis qu'un ouragan 10 000 000 000 KW/h. Cependant, c'est la très forte concentration de cette énergie et le temps très court où elle est employée qui la rend redoutable. L'apparition de tornades nécessite des conditions météorologiques particulières. Ces conditions, les Etats-Unis les réunissent.



LES DEGATS :

 

Cette fréquence des tornades à conduit les habitants à s'adapter. Pour faire face aux dangers associés aux passages des tornades, ils ont construit des abris à coté de leurs maisons et se transmettent les consignes à suivre pour se protéger si l’on est surpris par l'une d'elle à l'extérieur par exemple.

Les dispositifs de surveillance sont parmi les meilleurs du monde et déploient un éventail de technologies et de compétences tout à fait remarquables. De nombreux centres de recherches, basés à Norman (Oklahoma) sont à pied d'oeuvre, particulièrement au cours de la saison active. 

 

A la fin des années 60, T. FUJITA a construit une echelle de classification des tornades en fonction de leurs dégâts. En effet, il était (est) très difficile de calculer précisement la vitesse des vents avec précision. Les tornades sont classées de F0 à F5, les dommages allant croissant.


NIVEAU INTENSITE VITESSE (KM/H) TYPES DE DOMMAGES
F0 FAIBLE 65 > 115 Dommages mineurs aux cheminées, branches cassées, ...
F1 MODEREE 110 > 180 Mobil Homes abîmés, voitures en mouvement poussées hors des routes...
F2 SIGNIFICATIVE 180 > 250 Destruction des mobil homes, déracinement des grands arbres, toitures arrachées...
F3 SEVERE 250 > 320 Trains renversés, murs des maisons démolis...
F4 DEVASTATRICE 320 > 420 Maisons soulevées, détruites, autos projetées...
F5 INCROYABLE > 420 Désintégration des maisons, voitures projetées à plus de 100 mètres...


Les dégâts produits et les dangers auxquels on s'expose sur le passage des tornades proviennent de plusieurs causes directes et indirectes. Bien sûr, la puissance des vents est la première à laquelle on pense mais ce n'est pas la seule.

Le rôle que la pression du vent exerce sur les surfaces est essentiel, en effet, plus celles-ci sont importantes plus l'intensité de l'effort augmente. Evidemment, tout dépend aussi de l'angle d'attaque du vent : si la surface est parallèle au lit du vent les contraintes seront moindres que si elle est perpendiculaire (c'est-à-dire quand le vent frappe de front).
Un autre risque lié à la vitesse du vent est le transport d'objets et de débris qui se transforment en projectiles. Ceux-ci peuvent être dangereux du fait de leur vitesse mais aussi par le poids et les impacts qu'ils peuvent produirent sur d'autres objets qui ne sont pas forcément stables.

 

COMPRENDRE ET SE  PROTEGER :

La pression atmosphérique est aussi une cause de destructions importantes. En effet, au coeur de la tornade, elle est très inférieure à celle qui règle dans l'air environnant. Ainsi, le vortex passe près d'une maison dont les ouvertures sont closes, elle peut provoquer un explosion du bâtiment : la pression à l'intérieur de la maison étant bien supérieure à celle du coeur de la tornade, un effort considérable joue sur les murs et les repousse brutalement vers l'extérieur.


Compte tenu de ces éléments (mais ce ne sont pas les seuls). L’ouvrage recommande un certain nombre d’attitudes à tenir pour se protéger. Par exemple, dans quelle pièce de la maison se réfugier en cas de tempête si le domicile ne dispose pas d’un abris spécialisé.

 


 

 

Il est aussi possible de trouver des plans très détaillés pour construire un abri :





La FEMA a produit plusieurs documents destinés au public qui recèlent un grand nombre d’informations détaillées. A lire pour s’informer, se renseigner de ce qui se fait outre atlantique dans le domaine de la communication en matière de gestion des risques. (A lire aussi « Are You Ready Guide »).

 

Par geograv - Publié dans : observation
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