Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /Fév /2010 21:54
Retour au Mali après une première visite en 2008. Dans le cadre d'un partenariat entre la ville de Miribel dans l'Ain et Dianké au nord du Mali, au sein de l'association Amidia (Amitié Miribel-Dianké). Le but est de développer les relations humaines entre les deux villages en participant à des petits projets de développement : fournitures scolaires, alphabétisation, cofinancement d'une cantine, conseils et accompagnements sur plusieurs autres aspects de développement. Surtout, c'est l'occasion de retrouver les Maliens. Du soleil en pleine hiver. Au propre comme au figuré : on passe de -5°C à Lyon à 35°C à Bamako. On quitte aussi notre société occidentale individualiste pour un sens de l'accueil proprement inoubliable.
bamako_pointg.jpg
Source : Regarddegeographe
Centre de Bamako prise depuis la colline du point G. Au premier plan, organisation en damier issue de la colonisation. Au fond, le fleuve Niger, poumon de la ville et du pays tout entier. La pollution et la poussière forme une brume permanente sur la ville. 

A Bamako, vous pouvez saluer les passants, ils vous le rendent avec le sourire. Et ce n'est là que le début d'un contact riche et intense grâce à nos contacts sur place.

Pour commencer, nous bénéficions de l'infrastructure de la Smara (Solidarité Mali Rhône-Alpes : une ONG lyonnaise axé sur les soins médicaux et dont la zone d'intervention inclut Dianké). Nous logeons dans leur locaux de Bamako, accueillit par l'administrateur, Quentin, un expatrié et Mohammed, le gardien, toujours souriant.

smara_bamako.jpg
Source : Regarddegeographe
Siège de la SMARA à Bamako. Tout confort : eau courante, électricité quand le réseau fonctionne. Sur les deux 4x4 de l'ONG, on distingue les autocollants représentant un fusil-mittrailleur barré. Un signe de neutralité lors des conflits, m'indique Quentin.
 
Malheureusement pour nos objectifs, l'actualité nous rattrape. Un Français a été kidnappé au nord du pays, ainsi que des Espagnols et des Italiens dans la toute proche Mauritanie. La branche maghreb d'Al-Quaïda revendique l'enlèvement et réclame une rançon. Du coup, le consulat nous a vivement déconseillé de nous déplacer dans le nord. Ce qui remet en cause l'objectif de notre voyage.
Ceci est déjà l'occasion de petites précisions géopolitiques, d'autant que la situation depuis le Mali doit être tout autre que vu depuis Paris. Le nord du Mali est immense. Le Mali fait deux fois et demi la superficie de la France et une moitié environ comprend cette immense zone saharienne au nord de Tombouctou. Cet espace est depuis longtemps difficilement contrôlable, ce qui a favorisé longtemps les rébellions tamacheks (en France, on utilise le terme de touareg). La dernière était dirigée contre le régime autoritaire du général Moussa Traoré. La révolte de 1991 instaure la démocratie et les rebelles tamacheks sont intégrés dans l'armée nationale. Depuis, il persiste une insécurité de la part de groupes armées qui tiennent plus du grand banditisme que de la revendication politique.
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Source : www.diplomatie.gouv.fr
Le village de Dianké si situe à l'ouest de Niafounké, en amont de Tombouctou, à 50 kms de la Mauritanie, en zone rouge. Cette zone est formellement déconseillée. Pour plus de précision, cliquez ici.

Depuis le 11 septembre 2001, Al Quaïda donne une visibilité et une apparence de structure à ces groupes épars. ce qui rend la menace plus palpable que lorsqu'il y avait des razzias ponctuelles, l'extrémisme religieux en sus. Et justement, des groupes isolés provenant du banditisme ou lié à lui s'en réclament saisissant la franchise Al Quaïda pour être médiatisés. D'autre part, des groupes appartenant au GSPC Algérien, également franchisé, utilisent le nord du Mali comme base arrière depuis leur déroute face au pouvoir algérien. Il semblerait que ces deux groupes aient des connections. Les Etats-Unis avaient d'ailleurs placés cette zone saharienne comme foyer potentiel de terrorisme et dispensé des exercices militaires anti-terroristes auprès de l'armée malienne sans réels résultats. Il faut enfin ajouter l'influence grandissante de la Libye qui, si elle n'est pas liée à ce terrorisme, n'est pas vraiment un élément de stabilisation de la région. A l'arrivée, les Maliens subissent en premier lieu cette instabilité. Un Malien travaillant au musée national m'a informé qu'une amie malinké (ethnie surtout au sud-ouest du Mali) n'a pu atteindre un village de la zone nord. L'armée l'a contraint à faire demi-tour, des villages avaient été pillé. On ne sait pas s'il y a eu des victimes.
Aussi, lorsque nous parlons de notre impossibilité de venir à Dianké, les habitants ne comprennent pas. Leur village est loin de ces problèmes, à plusieurs centaines de kilomètres au sud-ouest, en région sahélienne. Mais le risque d'enlèvements ne recoupe pas le risque de razzia. Il est plus diffus. Donc on concrétise ce flou sur une carte en élargissant la zone de risque. Cet épisode m'inquiète : si les extrémistes s'installent durablement dans la zone, pourrons-nous revenir à Dianké les années suivantes ? Les Maliens ne semblent pas inquiets. Si de tels évènements avaient eu lieu en France, le pays entier serait concentré par ce problème qui deviendrait le premier objet d'inquiétude de la population. Il n'en est rien à Bamako.
Le lendemain de notre arrivée, lorsque le 4x4 conduit par notre chauffeur Omar s'avance dans les grandes avenues de la capitale, je retrouve cette ville bouillonnante, colorée, incroyablement vivante. Faussement insouciante, elle dégage dans un même paysage un sourire franc et une grande pauvreté. Si les Maliens sont optimistes, c'est qu'ils n'ont pas le choix.
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Source : Regarddegeographe
Photo prise dans le quartier des tisserands à Bamako. A l'arrière-plan, le caniveau est jonché de déchets, infesté de moustiques avec risque de paludisme. Mais on oublie tout quand un groupe de gamine se jettent sur mon objectif et nous sert la main à tour de rôle avec un "bonjour ça va ?". 
Par Guilhem Turgis - Communauté : Voyages
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Commentaires

Sans grande surprise une très bonne analyse et une très belle plume Guilhem....^^
Maintenant j'attends, avec impatience, la suite de tes récits!
Bize Mélane
Commentaire n°1 posté par Mélanie Amate le 08/03/2010 à 16h07

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