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Le 28 juin, le président du Honduras en exercice Manuel Zelaya a été renversé par un coup d’Etat militaire et remplacé par son rival Roberto Micheletti. Les deux présidents se retournent la responsabilité : à l’origine officiellement de ce coup d’Etat, la volonté de Manuel Zelaya d’enfreindre la constitution en annulant la limitation du nombre de mandat pour rester au pouvoir. Un coup d’Etat pour défendre les principes de la démocratie ? Cela peut faire sourire mais il y a des précédents (Ghana, Thaïlande récemment, …). Et au-delà de principes constitutionnels affichés, il y a un affrontement de camps et de personnes pour leur quête de pouvoir. Le principe d’une démocratie est de légitimer cette quête en lui conférant un cadre institutionnel. Sortir de ce cadre démontre la fragilité de ce régime. Et c’est ce dernier point qui m’intéresse ici.
Depuis l’Europe, les coups d’Etat en Amérique Latine font couleurs locales. Sorte de particularité culturelle immortalisée dans Tintin par le colonel Tapioca. A tel point que nous parlons
couramment de République bananière, expression courante provenant de la description réaliste de ces petits Etats d’Amérique centrale.
Lire aussi l'article du Monde
C’est pourtant oublier les changements survenus depuis 20 ans et toujours le tournant de la fin de la guerre froide. L’Amérique Latine est considérée par les Etats-Unis comme leur pré carré naturel. Aussi les régimes socialistes arrivés au pouvoir (Cuba, Nicaragua) sont un poil à gratter insupportable pour eux. A tel point que toute opposition anti-communiste est bonne à prendre pour garder leur influence régionale. Les juntes militaires ont donc été des alliés de circonstance, avilissant un peu plus leur population dans des sociétés sclérosées, certes, mais empêchant la contagion du péril communiste. Coup d’Etat au Chili en 1973, tentatives de renversement de Fidel Castro à Cuba, financement de milices para-militaires au Nicaragua, … Le Honduras fut également le théâtre d’opération de ces activités en servant de tête de pont aux opérations américaines.
Avec la fin du bloc Soviétique, l’approche américaine a radicalement changée. Le soutien à des régimes dictatoriaux n’est plus justifié et a un impact négatif aussi bien chez les citoyens
nord-américains que pour l’image désastreuse des Etats-Unis dans les pays sud-américains. Les régimes démocratiques remplacent peu à peu les dictatures : Argentine et Brésil dés les années
80, Chili, Honduras, Guatemala, Nicaragua, Panama. Le sous-continent bascule à gauche à quelques exceptions prêt et les Etats-Unis perdent de leur influence. Ils laissent ainsi Evo Morales
accéder à la présidence de la Bolivie tandis que le Venezuela de Chavez et le Brésil de Lula se posent en puissances régionales s’opposant régulièrement aux Etats-Unis au sein de l’OMC, du FMI,
de l’OEA (Organisation des Etats Américains) et de l’ONU. De plus, les pays démocratisés de la région jouent un rôle stabilisateur sur leurs voisins.
Sous l'ère Bush, stigmatiser l'Amérique était facile. Mais l'arrivée d'Obama change la situation. Son aura séduit la population sud-américaine et met les radicaux en mauvaise posture.
On comprend mieux les réactions des Etats voisins : pressions pour le retour du président en exercice, médiation du Costa Rica, suspension d’aides gouvernementales… Tout est fait pour
empêcher le Honduras d’entacher la conversion démocratique du continent et au-delà, de laisser d'autres pays s'immiscer dans leurs affaires sud-américaines et jouer les chevaliers blancs aidant
un continent infantilisé. On en oublie même que la population du Honduras juge à 41% justifié le renversement du président. D'autant plus justifié que le président en titre a lui-même
enfreint la constitution et été démis par la cours constitutionelle (voir article ajouté suite au commentaire d'un blogeur).
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