Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 01:00

Lancement d’un missile balistique longue portée début avril (sensée mettre en orbite un satellite "diffusant des chants patriotiques »), essai nucléaire le 25 mai, lancement de 7 missiles le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine. L’agenda 2009 de la Corée du Nord est plutôt chargé. A première vue, le dernier Etat stalinien du monde mène un combat d’arrière-garde teinté de paranoïa. Les médias occidentaux avancent la folie du régime, les sud-coréens oscillent entre l’exaspération, la crainte et l’indifférence, les Japonais sont inquiets et les Chinois embarrassés. L’ONU avait préalablement adopté les résolutions 1695 et 1718 prévoyant l'embargo de tout matériel permettant la mise au point de fusée et d'armes nucléaires. Ces différentes réactions ne sont pas seulement conséquences des agissements du régime de PyongYang. Elles sont au cœur de sa stratégie. Et pour comprendre cette stratégie, il faut connaître le contexte interne, la position des pays voisins et l'engrenage qui en découle.


Source : Journal de France 2 du 25 mai 2009 
Annonce de l'essai nucléaire et réactions internationales.

 

Derrière toute manœuvre militaire se cache une stratégie diplomatique. Et celle de la Corée du Nord dépend d’une histoire singulière conséquence de la guerre de Corée de 1950 et du tournant de la chute du bloc soviétique de 1991 ainsi que d’une situation interne désastreuse poussant le régime dans des extrémités. 

Petit retour en arrière sur la mise en place et l'emballement du dernier régime stalinien de la planète. 

A l'issue de la deuxième guerre mondiale, la Corée est coupée en deux autour du 38 e parallèle. La partie sud a été prise sur les Japonais par les Etats-Unis. La partie nord par les Soviétiques. Tout comme en Allemagne, un gouvernement communiste s'installe au nord et un pro-américain au sud. Kim Il Sung dirige la Corée du Nord. Il entreprend en 1950 la réunification de la Corée en envahissant le sud du pays. Il pensait que la Corée ne constituait pas un objectif stratégique pour les Etats-Unis. Mais échaudés par le passage au bloc communiste de la Chine et du fait de leur politique du "containment", ils sont intervenus avec le soutien de plusieurs autres nations sous la bannière de l'ONU. C'est la guerre de Corée. 



Source : chaîne Historia
La guerre de Corée - documentaire canadien
Les différentes phases de la guerre. On comprend l'interprétation nord-coréenne : les occidentaux empêchent la réunification du peuple coréen et la révolution est sauvée par l'aide russe et surtout chinoise. Kim Il Sung, qui dirige le nord depuis la défaite japonaise sort grandi de cette guerre comme sauveur du peuple coréen.

Cette guerre va laisser de lourdes traces du fait de la violence des combats, d'atrocités commises de part et d'autres et des combats fratricides entre Coréens. Suite au cessez-le-feu entre les belligérants, les troupes américaines stationnent en permanence dans la partie sud et une des frontières les plus hermétiques au monde se met en place. D’autant plus hermétique qu’aucun traité de paix n’a été signé et que seul un cessez-le feu a mis fin à la guerre.

Le régime nord-coréen va peu à peu dériver puis se figer dans une dictature stalinienne oppressante comparable à la Roumanie de Ceaucescu. Répression politique, surveillance permanente de la population jusqu'à l'échelon individuel, économie autarcique sensée garantir l'indépendance.
La guerre froide connait des moments forts et des périodes de réchauffement au gré des évènements et des changements de dirigeants des deux blocs. Mais la Corée du Nord reste sur une même ligne dure : l'ennemi impérialiste emmené par les Etats-Unis doit être combattu.
Les Etats-Unis avaient durant ces décennies entreposé plusieurs centaines de têtes nucléaires en Corée du Sud. En réaction, la Corée du Nord entreprend un programme nucléaire probablement dés les années 60. Mais c'est seulement dans les années 90 qu'il porte ses fruits. Ainsi, même si le premier test date de 2006, la Corée du Nord est soupçonnée de détenir l'arme atomique depuis le milieu des années 90.
Il aurait semblé logique que la fin de la guerre froide mette fin au programme puisque c'est elle qui était à l'origine de sa mise en place. Cependant, la détention de la bombe A dans ce nouveau contexte offre des perspectives inattendues.



Le contraste entre le nord et le sud. Photo satellite de la péninsule prise de nuit. La seule tâche de lumière de la Corée du Nord est la capitale Pyongyang. Plus que des statistiques peu fiables, ce document démontre l'abysse que sépare le nord et le sud en terme de développement.

La fin de la guerre froide et le passage de la Chine à l'économie de marché change radicalement l'environnement géopolitique de la Corée du Nord. D'autant que son économie était maintenue sous perfusion de ses deux "Grands frères".
Durant les années 90, ses anciens alliés cessent de livrer des ressources à tarif préférentiel : le pays subit une grave pénurie en énergie et produits alimentaires qu'il n'est plus capable d'acheter. Et en 1994, le guide suprême Kim Il Sung s'éteind, remplacé par son fils Kim Jong Il, créant la première dynastie communiste au monde. A ce moment, le pays traverse une des pires crises de son Histoire. Au surplus, de mauvaises conditions climatiques empirent une situation fragile.
Une des pires famines contemporaines décime dans le plus grand silence la population, faisant plusieurs millions de victimes. La production industrielle et le commerce s'écroulent. Aucun chiffre n'est fiable donc aucune statistique n'est significative. Les images actuelles des quelques rares reportages sont plus parlantes.


envoyé par pillbox

        "Lorsque disparut Kim Il Sung le guide bien-aimé, des milliers de grues blanches apparurent pour l'emmener au ciel". Ainsi commence ce documentaire canadien édifiant.

La Corée du Nord est sous pression : d'un côté, un bloc communiste qui s'effondre, de l'autre une situation intérieure catastrophique. Pour rester aux commandes, le régime comprend que la diplomatie est le terrain d’opération qui lui offre la meilleure porte de sortie. Ainsi, alors que l’arme nucléaire est pour tous les pays qui en sont dotés une arme de dissuasion, elle devient également pour la Corée du Nord le bras armé d’une diplomatie de survie. Plus ou moins heureuse, cette stratégie évolue en se confrontant aux différents niveaux du contexte international. Pour le comprendre, il faut aborder pour chacun des pays voisins ses particularités et approches du conflit.



LA COREE DU SUD : ENTRE INTEGRATION REGIONALE ET VOLONTE DE REUNIFICATION

Le sud de la péninsule connait une forte croissance économique depuis les années 80. C’est un Nouveau Pays Industrialisé (NPI) possédant une économie capitaliste intégrée actrice de la mondialisation. Ce développement n’aurait pu être possible sans l’aide et la présence militaire américaine suite à la guerre de Corée. C’est pourquoi la diplomatie sud-coréenne est toujours très liée aux Etats-Unis.

Cependant, au cours des années 90 et 2000, l’économie sud-coréenne s’est de plus en plus intégrée à ses puissants voisins : le Japon et la Chine. Ce faisant, les anciens équilibres de bloc se dissolvent : La Chine communiste reconnait la Corée du Sud et des relations diplomatiques sont nouées en 1992 malgré les protestations de PyongYang. En 2005, la Chine devient la première destination des exportations sud-coréenne et inversement la Corée du Sud devient cette même année le deuxième fournisseur de la Chine après le Japon (source Wikipedia). En conséquence, du fait de cette interdépendance économique, la Corée du Nord ne peut plus s’appuyer sur le soutien inconditionnel de la Chine face à la Corée du Sud.

Sur le plan politique, la Corée du Sud est une démocratie présidentielle depuis 1987 et la Corée du Nord est un thème important de toute élection au sud. Et en tant que Coréens, derrière toute négociation à propos de leurs cousins du Nord pointe l’idée de réunification. Cette idée ressurgit lors des périodes de réchauffement comme en 2000 :

Le président Kim Dae-Jung élu en 1997, lance la politique de la main tendu dite sunshine policy (rayon de soleil) et se rend à Pyongyang  en 2000. Il débloque une aide alimentaire et financière au profit du nord et lance une coopération économique qui se limite au développement de la zone dactivité de Kaesong en Corée du Nord, premier pas vers une réunification. Bien quil reçoive le prix Nobel de la paix, son action est très critiquée car sans contrepartie réelle exigée du Nord. Le changement dadministration américaine puis lélection en 2008 du conservateur Lee Myung-bak va assombrir les relations inter-coréennes.

Ainsi, même si chaque Coréen est attaché à l’idée de réunification, elle reste un lointain objectif et non une stratégie politique : Outre les difficiles relations avec la Corée du Nord, les difficultés lors de la réunification allemande ont refroidi les ardeurs. Nul homme politique ne s’engage aujourd’hui sur ce point. Plus encore, la nouvelle génération de Coréens a toujours connu les deux Corées et semble indifférente à leurs énigmatiques voisins et n’est pas prête à payer les errements de l’Histoire.

Source : Armée Coréenne
Exercices militaires de l'armée sud-coréenne présentant leur armement 

 

Sur le plan militaire, le budget s’est fortement accru, grâce au développement économique. 670000 soldats actifs, 4.5 millions de réservistes, équipements américains derniers cris, un budget qui a atteint environ 22 milliards de dollars en 2006 (14.5 milliards en 2003) ! L’armée sud-coréenne actuelle n’a rien à voir avec ce qu’elle était lors du déclenchement de la guerre de Corée. Une telle armée sert tout à la fois à dissuader la Corée du Nord qu’à terme, assurer l’indépendance diplomatique du pays vis-à-vis des Etats-Unis.

Seule, la Corée du Nord ne peut plus suivre une telle course à l’armement. L’arme nucléaire est aussi pour une part une dissuasion face à cette montée en puissance.

 

D’autres thèmes attirent par ailleurs l’attention des sud-coréens : les difficultés économiques actuelles, les scandales de corruption, les soubresauts nationalistes qui opposent Corée et Japon sur la souveraineté de l’archipel des îles Dokdo en Mer du Japon. Les relations américano-coréennes étaient également tendues sous Bush et les Coréens ressentent la présence militaire américaine comme une occupation. Là encore, la diplomatie nord-coréenne ne marque pas de points : elle aurait en effet pu utiliser ces thèmes de politique intérieur pour fédérer les mécontentements sud-coréens comme elle l’avait fait dans les années 90. Mais dans un contexte de crispation, l’opinion publique sud-coréenne reste hostile, surtout après les derniers essais et lancements perçus comme insultants.


Par conséquent, puissance économique et militaire confirmée, la Corée du Sud est perçue comme d’autant plus menaçante par la Corée du Nord que sa direction très conservatrice est héritière de la période des dictateurs anti-communistes qui ont suivi la guerre de Corée.

 

LA CHINE : UN AGACEMENT CROISSANT DU PETIT FRERE

Depuis la politique de l’ouverture de 1979, la Chine s’est lancée dans une course effrénée à l’intégration économique au monde capitaliste la menant à son statut actuel d'atelier du monde. Dotée d’une immense réserve de devises fortes, elle est devenue dépendante commercialement et financièrement des Etats-Unis. Cependant, son jeu diplomatique ne suit pas cette intégration économique. Profitant des interstices laissées par la diplomatie américaine, la Chine fournit de l’armement et devient un partenaire incontournable de certaines régions du monde : Pakistan, Iran, Asie centrale, Birmanie, Syrie, Lybie, Corée du Nord, la Chine aborde les pays pointés du doigt par l’ONU. Dans un but géopolitique d’affirmation face à la suprématie américaine et dans un but purement économique d’approvisionnement en matière première.

C’est dans ce contexte que s’aborde la relation avec la Corée du Nord. L’entente des deux peuples unis dans le combat face à l’impérialisme américain n’est plus d’actualité pour la Chine pragmatique actuelle. Et la Corée du Nord est un allié de plus en plus embarrassant. Une dictature nationaliste birmane dotée de pétrole qui menace sa population mais pas ses voisins pose moins de soucis à la Chine que le frère communiste porté à bout de bras.

La Chine est membre de l’AIEA et également signataire du Traité de Non Prolifération. Dans ce contexte, elle valide elle aussi les sanctions votées contre la Corée du Nord. Dans le passé, la Chine tout comme la Russie a toujours joué de son poids dans l’organisation pour limiter la portée de ces sanctions. Mais les derniers évènements ont particulièrement déplu à la Chine qui ne va pas risquer de froisser les Etats-Unis et la Corée du Sud auxquelles elle est désormais très liée.

Sur un plan purement géopolitique, la Chine a acquis un statut qui l’oblige à une maturité dans ses rapports aux autres. De pays dominé, elle est passée à celui de pays dominant et son champ d’action ne se limite plus à ses seules frontières : elle est présente activement jusqu’en Afrique et même en Amérique du Sud. L’importance de la Corée du Nord en est d’autant réduite. Ainsi lorsque la Chine fonde avec la Russie l’Organisation de Shanghai chargée au départ d’aplanir les problèmes de frontières puis par extension d’aborder des problèmes de sécurité internationale en contrepoids des Etats-Unis, la Corée du Nord n’est pas invitée à en faire partie.

 

LA RUSSIE : EN MARGE MAIS TOUJOURS INFLUENTE

L’union Soviétique fut l’autre alliée de la Corée du Nord pendant la guerre. Son effondrement et son remplacement par la Russie ne se traduit pas par un soutien indéfectible. En prise à une grave crise économique dans les années 90 et jusqu’en 2001, la Russie se replie sur son pré carré et recentre son attention sur l’ouest face à l’avancée de l’OTAN et sur la Chine, important voisin et client, au sein du traité de Shanghai. Pour autant, la Corée du Nord n’est pas sans intérêt pour la proche et cependant lointaine Russie de Poutine. C’est une monnaie d’échange dans les négociations face aux Etats-Unis sur d’autres théâtres d’opération. Mais rien de plus.

 

LE JAPON : SUBIT SON PASSE ET REDOUTE L'AVENIR

La politique internationale du Japon est dans une position délicate.

Les Coréens n’oublient pas les exactions japonaises pendant la longue occupation du pays et le moindre geste nationaliste est très mal perçu par les Coréens (de 1905 à 1945, Le Japon a occupé et exploité brutalement la Corée, réprimé la culture coréenne) ainsi que par les Chinois (Le Japon ne s’est par exemple jamais excusé pour le massacre de Nankin de 1931). Les relations entre le Japon et la Corée du Sud ne sont ainsi pas aussi bonne que leurs relations économiques et leur appartenance au même camp feraient croire. C’est là une division au sein du camp s’opposant de front à la Corée du Nord.

Bridée par une constitution imposée par les Etats-Unis à la fin de la deuxième guerre mondiale (interdiction d’effectuer des opérations militaires autres que défensives), son influence passe par d’autres canaux que militaire. La puissance économique des années 80 a permis d’assurer une zone d’influence qui se traduit par ce que les économistes appellent la zone Yen par comparaison à la zone Mark en Europe. Mais elle ne dépasse pas le stade de l’économie. Qui plus est, cette économie s’affaiblit dans les années 90 suite à l’éclatement de la bulle immobilière. Et la zone d’influence économique du Japon est menacée par la montée en puissance de la Chine.  

Le Japon se sent donc très vulnérable et dépendant des Etats-Unis face à la Corée du Nord. C’est d’ailleurs le Japon et non la Corée du Sud qui a convoqué la réunion extraordinaire du conseil de sécurité après le tir du 5 avril.



      
 
Documentaire trés documenté sur le lien Etats-Unis-Corée du Nord dans les années 90 puis 2000. 

ETATS-UNIS : APPROCHE EVOLUTIVE D’UNE SUPERPUISSANCE CHANCELANTE

La diplomatie américaine a toujours été capable de se réorienter en fonction des contextes politiques et stratégiques. C’est ainsi que les inflexions majeurs sont calquées sur les grands tournants de l’Histoire planétaire avec une remarquable capacité d’adaptation. Ce qui ne veut pas dire, soit dit en passant, que les résultats de l’action politique sont à la hauteur de sa diplomatie.  Ainsi, premier tournant, la chute du bloc soviétique, deuxième tournant, les attentats de 2001 et troisième tournant que nous vivons actuellement, l’élection d’Obama.

Lors du premier tournant, les Etats-Unis deviennent la superpuissance mondiale, tant économique que militaire. Elle pousse son avantage et intègre d’anciens pays du bloc de l’est dans l’OTAN, réduisant d’autant la sphère d’influence d’une Russie en pleine crise. A cette époque les pays encore communistes sont perçus comme des résidus d’une époque révolue qui s’effondreront d’eux même. Il suffit simplement d’attendre sans risquer de confrontations directes. D’autre part, inutile d’irriter trop la Chine et la Russie en se précipitant. C’est pourquoi lorsque la famine sévit en Corée du Nord les Etats-Unis pensent que le fruit est mûr. Mais pour éviter un effondrement chaotique d’un régime sur la voie de l’arme atomique, ils privilégient le changement en douceur avec rencontres bilatérales et aide économique. L’administration Clinton est alors au diapason de la position sud-coréenne, à savoir la sunshine policy.

Puis les attentas du World Trade Center coincident à peu prêt avec l’élection de Georges W Bush. La nouvelle équipe veut combattre le terrorisme et les pays qui le financent. Avec une emphase qui tient plus de la prédication que de la "real-politic",  un axe du mal est identifié et combattu : Irak, mais aussi Iran et Corée du Nord. Ceux qui ne retournent pas leur veste (Libye, Syrie) se retrouvent en ligne de mire. Ainsi, la sunshine policy est sévèrement remise en cause par la direction républicaine : ce sont des subventions données à un Etat voyou lui permettant de survivre. Dés lors, la politique américaine refuse tout compromis à la table de négociation. Le régime de Pyongyang doit cesser son programme nucléaire et réintégrer le Traité de Non Prolifération sans les contreparties exigées par les Nord-Coréens. La situation est bloquée et la Corée s’enfonce à nouveau. Curieux paradoxe maintes fois vérifié, tout pays s’acharnant à l’autosuffisance finit par être dépendant de l’aide des autres. Ainsi, le blocus étrangle la Corée du Nord. Pour elle, l’administration Bush veut faire chuter le régime sous couvert de critiques de son programme nucléaire. Poursuivre le programme, c’est prendre le risque d’une escalade. Y renoncer, c’est devenir vulnérable et perdre la face avec un risque d’effondrement. Ne trouvant pas de porte de sortie honorable, la Corée du Nord opte pour le premier choix et effectue son premier essai en 2006. Cependant, elle sait que les risques d’interventions militaires sont quasi inexistants. Empêtrée en Irak et en Afghanistan, l’armée américaine devient un fardeau budgétaire intenable. La crise financière termine le travail. Et dans une situation économique difficile, les américains élisent le démocrate Barack Obama à la présidence.

La nouvelle administration se désengage de l’Irak et d’autres régions du globe. Même en Corée du Sud, un plan de réorganisation est dans les cartons en vue  de réduire les troupes et de les regrouper près de Séoul. La politique américaine va se concentrer sur ses problèmes internes. Et même si une politique isolationniste est à exclure, l’interventionnisme de ces dernières années va laisser place à une approche plus consensuelle, peut-être plus multilatérale, selon les vœux même du président.

Obama a tendu la main vers l’Iran lors d’un discours sur Voice of America à leur adresse (voir video). Et se disait favorable à la reprise du dialogue. Pourquoi pas nous ? Ont pu se dire les dirigeants nord-coréens. Mais alors que l’Iran a une politique offensive de leadership régional soutenue par les revenus pétroliers et gaziers, la Corée du Nord est strictement défensive et sans revenus. Pour être encore plus claire, l’Iran sans la bombe atomique est plus dangereuse que la Corée avec. La Corée du Nord est donc tentée de s’immiscer de force dans l’agenda chargé d’Obama à travers la médiatisation de ses bruits de bottes et ainsi rester une priorité à traiter. Lancer des fusées le jour de la fête nationale américaine est en tout cas significatif des efforts déployés pour attirer l’attention. Reste la grande interrogation pour Pyongyang : aprés ce coup de force, quelle va être la réaction d'Obama ?

LA FUITE EN AVANT COMME AVENIR ? 

La Corée du Nord est acculée. Impasse intérieure, impasse extérieure. L'arme atomique est le seul moyen de négociation dont elle dispose selon elle pour tenir à distance la puissance militaire sud-coréenne et américaine. Une autre lecture est également possible, présentée notamment par la presse sud-coréenne (traduction du courrier international). Kim Jong Il est malade et est en train d'assurer sa succession en la personne de son troisième fils. Pour l'assoir à son poste, rien de tel qu'une crise ressoudant la population autour de ses dirigeants afin de faire face à la menace étrangère alors que pays aprés pays, nous avons vu que le contexte est trés défavorable au régime stalinien.
Autour du petit Etat prisonnier de l'époque soviétique, l’Asie émergente d’après la fin de la guerre froide est une Asie nationaliste où se cristallise les épisodes historiques passés, plus proche de l’Europe du 19e que de notre Union Européenne actuelle. Asie où les Etats-Unis perdent de leur influence et ou l'équilibre des forces est en recomposition autour des puissances régionales. Asie où le chantage nucléaire issue de la logique des blocs ressemble à la politique de la canonnière à l'ère de la guerre économique. La Corée du Nord toute entière est un anachronisme courant contre la montre.
Par Guilhem Turgis - Publié dans : Géopolitique
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