Plusieurs experts et organismes prévoient une baisse du prix de l'essence, tel l'Union Française des Industries Pétrolières et des analystes financiers. Par ailleurs, lors du dernier sommet du G8,
les dirigeants des grandes puissances ont appelé les membres de l'OPEP à accroitre leur capacité de production. Ce à quoi l'OPEP a répondu qu'il n'y avait pas pénurie et que les hausses ératiques
de ces derniers mois étaient essentiellement spéculatives. Alors vers quoi allons-nous ? Une baisse ou une hausse des prix ?
Côté demande
Statistique marquante, les ventes d'automobiles en Europe sont en repli de 7,8% au mois de mai. Ce marché est habitué au yoyo d'un mois sur l'autre mais depuis le début de l'année, le marché est
morose. Certes, les difficultés économiques actuelles expliquent pour partie ce recul mais dans le cas de l'automobile, il est plus marqué que l'évolution globale de la consommation européenne.
D'autre part, les constructeurs les plus touchés sont ceux qui produisent de grosses berlines et des 4*4 gourmands tel Mercedes (-13%) ou Toyota (-24%). Les dispositifs législatifs (primes écolos
ou à la casse) expliquent également cette évolution.
Pour retrouver le détail,
lire l'article de l'expansion :
A l'image de l'automobile, le batiment et l'industrie participent de ce mouvement de fond vers une baisse de la consommation de pétrole. Et la consommation de pétrole des Etats-Unis a reculé de
1,1% en un an tandis que les stocks stratégiques sont reconstitués et que les stocks d'essence raffinés sont en hausse. Tout ceci influerait sur les prix.
Document pdf de l'UIFP sur l'état du marché du pétrole en France :
Côté offre
Deuxième point d'actualité, le changement de politique de l'Arabie Saoudite. Les monarchies pétrolières sont les grandes gagnantes de la hausse du pétrole. Et paradoxalement, elles pourraient être
perdantes si la hausse se poursuit. En effet, durant des années, les dollars qu'elles ont tirées du pétrole ont essentiellement été placées dans les banques et places boursières occidentales. Et
elles tirent de ces revenus financiers une part importante de leurs propres ressources, parfois presque à égalité avec le pétrole comme pour les Emirats Arabes Unis ou Barhein. Ces monarchies n'ont
donc pas intérêt à ce que l'économie mondiale s'effondre à cause d'un prix démesuré du pétrole. Leurs avoirs seraient eux-même réduits et c'est déjà ce qui se passe depuis le début de l'année avec
la crise financière américaine. Les monarchies pétrolières sont venues au secours de la finance américaine en épongeant les déficits pour éviter une contamination de la crise. La production devrait
donc augmenter afin de faire chuter les prix.
Lire l'article de la Tribune
Côté spéculation
Une partie de la hausse des prix actuels s'explique par l'agitation des spéculateurs sur les matières premières depuis le début de l'année, en particulier le pétrole. Ainsi, du fait de cette bulle
spéculative, les prix ne refleteraient pas l'équilibre réel du marché pétrolier. Une fois la crise immobilière épongée et la situation financière des Etats-Unis assainie, le marché boursier
américain redeviendrait attractif, permettant à l'excés de liquidité de se déplacer du pétrole vers la finance et au passage, de redonner des couleurs au billet vert. Les spéculateurs réalisent
leurs prises de bénéfice sur les matières premières et s'en retirent vers de nouveaux cieux. Le marché du pétrole redevient moins volatile et les prix mécaniquement diminuent.
Oui mais ...
Sauf que ... les "prix réels" en matière pétrolière, ça ne veut pas dire grand chose. Et les spéculateurs n'ont pas de raisons de se retirer de ce marché. Le marché boursier traditionnel est
toujours dans la tourmente et l'immobilier américain toujours dans une crise dont on ne mesure pas encore toutes les implications. Toutes les annonces de la fin de la crise des subprimes ont été
démenti par de nouveaux sauvetages pour éviter les faillites. Les liquidités vont donc vers les valeurs refuges. Et le pétrole, fondement économique de notre civilisation mondialisée, est devenu
une valeur refuge en plus d'une énergie. Certes la demande en Europe et aux Etats-Unis marque le pas. Mais elle est relayée par la consommation toujours vigoureuse des pays émergents.
Ainsi la demande à l'échelle mondiale est toujours en hausse, même si cette progression sera moindre que les années passées.
Quant à l'offre, les gros producteurs n'ont plus l'effet tampon dont ils bénéficiaient par le passé. L'Arabie Saoudite n'a pas la possibilité d'accroitre rapidement et significativement sa
production : durant la dernière decennie, elle a déjà accrû l'utilisation de ses capacités. Sa production est actuellement de 9,5 millions de barils /j. Elle devrait la porter à 10 millions pour
faire chuter les prix, soit +5%. Assez pour une détente, mais pas pour une réelle diminution, d'autant que les autres pays peuvent difficilement faire de même. On peut donc escompter une hausse de
production supérieure à l'accroissement de la demande pour les mois à venir. Un reflux des prix est vraissemblable mais ce ne sera qu'un répit : les fondamentaux n'ont pas changé : hausse de la
demande et réserves pétrolières limitées présageant d'une baisse de l'offre.
Reste à savoir comment vont réagir les spéculateurs. Ils peuvent miser sur un retournement et jouer d'autant plus à la baisse qu'ils ont fait grimper les prix. C'est envisageable. Autre scénario
possible, les spéculateurs ne désertent pas le secteur car la finance n'est pas rétabli et par leurs achats compensent la baisse de consommation réelle. Dans ce cas, le pétrole connaitrait
une baisse limitée préfigurant une remontée à mesure que les intervenants du marché prennent en compte un redémmarage de la consommation et que l'effet d'annonce de la hausse de production de
l'Arabie se sera estompée.
Aujourd'hui, baril à 140. Demain à 110 ? peut-être. Mais aprés-demain à 200.